Chers amis,
Ces derniers jours, ces dernières heures j’ai reçu de nombreux appels d’animateurs concernant la situation au sein du
courant dans lequel nous sommes majoritairement investis. Ravivés par l’actualité récente et par les emails circulant sous le manteau, ces échanges relayent à la fois les interrogations
et le malaise que nous avons déjà exprimés dans ce GG à de nombreuses reprises.
J’ai également appris que certains animateurs étaient surpris de mon silence durant cette période de grande profusion
épistolaire. Je profiterais donc de ces interpellations pour apporter une contribution au débat interne que nous avons eu et que nous continuerons à avoir en sourdine jusqu’en mars et tout de
suite après le grand jour …
Je dirais en préambule que ce combat n’est pas le nôtre. Seuls quelques initiés en saisissent tous les
contours et mesurent les véritables forces qui s’affrontent ou les intérêts qui sont ici en jeu. Tous ces éléments ne sont pas portés à la connaissance des simples militants que nous sommes. Je
rajouterais cependant, que ce n’est pas parce que ce combat n’est pas le nôtre que nous ne devons pas y prendre part, avec frénésie et délectation. En ce sens, je ne changerais
pas un mot du mail envoyé par un de nos camarades dont le titre évocateur était : « la vérité d’abord, la réconciliation ensuite ». Je ne changerais rien non plus au mail de Razak du 18 janvier
et qui dénonce des procédés que nous ne voyons que beaucoup trop fleurir. C’est conscient de notre cécité partielle et en notre âme et conscience que nous devons agir pour mener toutes les
actions qui nous semblent les plus justes pour rétablir le bon droit, et elles sont nombreuses en ces temps de confusion.
Il n'y a dans ce débat ni fan illuminé d'un coté, ni intellectuel félon de l'autre. Nous pouvons donc
partager une analyse sur les causes profondes de cette rupture au sein de notre groupe et nous en inspirer pour proposer de nouvelles perspectives. Ce n’est qu’au prix de cette
introspection que nous pourrons, par exemple, formuler une position commune sur l’avenir. A ne pas le faire, le porte-parole de la firme deviendra l’idiot utile, les
intellectuels qui l’accompagnent seront des savants fous et les militants que nous sommes y perdront âme, force et espérance.
Cette querelle nous interpelle car elle est en rupture avec les engagements pris par notre texte
fondateur. Ce conflit ne peut donc se résumer à la diabolisation d’une personne et au procès en sorcellerie d’une autre. Il repose bien sur du fond et de l’acharnement communicatif de
certains d’entre nous, a pas détournés de cette certitude. Les aléas communicatifs de l’organisation prétendument invitante de Dijon mais aussi les cafouillages des derniers jours (Nanterre ou
La Bellevilloise) nous montrent bien que tout est flou dans l’esprit de tout le monde. Qui invite ? Pour parler de quoi ? Avec qui ? Au service de quel projet ? Convaincus qu’il n’est pas
nécessaire d’être schizophrène pour pouvoir tout comprendre, nous devenons certains qu’il est plus que nécessaire de faire place nette, d’appuyer sur le bouton « RESET ». A défaut d’une
délibération éclairée, toute position ne peut être, au mieux un désarmement unilatéral, au pire un échec de plus.
Désarmement unilatéral, le mot est lâché. L’apaisement ne s’opère pas sur du flou, sur des non dits et
nous ne pouvons agir comme si la dernière période d’agitation relevait de la seule folie passagère due à l’égo d’un élu dont l’ambition a fait pousser les ailes avant les muscles. Ce qui fonde
aujourd’hui le malaise que vous ressentez, que je ressens et qui motive notre besoin d’en débattre c’est que nous avons vu grandir une promesse non tenue, un mensonge qui prend corps. L’échec
de la motion E, car il faut la nommer, ne signifie cependant pas que le concept de motion est en lui-même archaïque, prenons y garde car la précipitation peut nous causer bien des
désagréments.

@Razak/Desirs d'Avenir
Pourquoi s’agit-il d’une promesse non tenue?
Non pas qu’elle n’ait permis de faire bouger les lignes, notre motion n’a pas tenu la promesse qu’elle nous avait
formulée à Reims. Cela tient en grande partie au fait qu’elle n’ait pas assez compris à quelle génération politique elle s’adresse. En effet, notre génération politique est celle qui
exige un accord total entre la parole et les actes, celle qui exige que chaque combat amorcé est un combat mené à terme, qui considère que les militants ne sont pas de la chair à canon. Bien
sur nous exigeons la fraternité mais encore, nous demandons la responsabilité de chacun et la politique par la preuve. Oui, nous ne faisons ni ne concevons la politique comme les
générations qui nous ont précédé. On voit donc ici que le problème en soit n’est peut être pas l’idée d’un courant en tant que tel mais plutôt de savoir comment il génère des idées et se met
lui-même en conformité avec celles-ci.
Commençons par citer un premier point de rupture entre les discours et les actes. Je parlerai d'un point qui n'a pas
encore été ici mentionné publiquement, celui de la stratégie du dit "rassemblement". En effet, nous sommes aujourd'hui, collectivement pris dans un débat et une dynamique à
l’intérieur d’une nouvelle entité qui s’appelle « le rassemblement ». Je vous invite à revenir un instant aux fondamentaux posés lors du congrès de Reims en ce qui concerne les stratégies
d’alliance. Je passe sur les éléments statutaires, les raccourcis et autres tours de passe-passe qui pourraient faire sourire en d’autres circonstances. Notre texte fondateur disait que nous
étions pour un Parti Socialiste fort mais par ses coups de boutoirs permanents la motion et « le rassemblement » l’affaiblissent.
Celui-ci disait que nous étions pour le rassemblement de toute la gauche. Force est de constater qu’on
se contente de faire venir quelques leaders marginalisés au sein de leurs familles politiques (quels que soient le respect et l’admiration que l’on peut avoir à leur égard). On les fait venir
dans un théâtre médiatico-politique dont le seul intérêt est, sauf à ce que nous démontrions le contraire, de produire des images pour montrer et seulement montrer que c’est possible. Quand la
communication montre qu’elle est communication, elle perd sa puissance politique. Chacun devrait méditer cette maxime qui nous est inspirée par un des leaders de la gauche française.
Aujourd’hui il devient hélas risible de voir circuler des invitations sous le manteau comme si nous avions peur du peuple et que, ne pouvant le regarder en face, nous avons pris le parti de le
dissoudre.
Je me souviens même que nous disions à ce moment là (à Reims) qu’après avoir rassemblé la gauche et même l’extrême
gauche en l’ayant invitée à être claire (ce qui est un pari osé) nous pourrions ensuite nous tourner vers les démocrates sur la base de notre projet, de nos propositions. Une question simple :
sommes nous toujours, au sein de la motion, dans cette dynamique ?. La seule réponse que j’ai reçue à ce jour est la suivante : « ce qui nous rassemble est plus important que ce qui
nous divise ». Un peu léger, convenons-en. Pour ma part, je réserve ma réponse
Concernant le modem, je précise ici quelques éléments. La question n’est pas de savoir ce que nous en pensons
individuellement. Elle est de savoir dans quelle mesure nous devons délibérer d’un changement de stratégie par rapport à notre texte fondateur. En effet, tout le monde est conscient
qu’un renversement en la matière peut déboucher sur bien des surprises en fin de compte. Comme à celle de faire de notre mouvement un supplétif de la candidature de François Bayrou et, de
certains d’entre nous, des ministrables ou des potentiels responsables de son administration. J’entends ici quelques uns dire : Et Ségolène en Poitou-Charentes, n’a-t-elle pas proposé une
alliance au modem dès le premier tour ? Il n’aura pas échappé à l’observateur averti que Ségolène a été investie tête de liste des élections régionales, comme elle l’avait été pour les
présidentielles et que, cette investiture lui donne statutairement le mandat clair de la base pour engager toute discussion en matière d’alliance pour les élections concernées.
La règle a donc été respectée.
Nous en venons à la responsabilité de ceux qui ont construit cette direction. Je le redis, pas de diabolisation mais un
dialogue fraternel avec des responsables, que j'estime, et qui doivent rendre des comptes.
Vincent, ce n’est un secret pour personne aspirait jusqu’à il y a peu, à devenir notre 1er secrétaire. Cette aspiration
est jugée aujourd’hui par la génération que nous incarnons à l'aune des pratiques qui ont fleuri au sein de notre courant. On peut alors légitimement se demander s’il dirigerait le parti comme
il a dirigé notre courant ? La place, la force et la justice qu’il accorderait à la défense des siens... les militants ? J’ai toujours eu du respect à l’égard de Vincent, poli et courtois.
Outre son talent d’orateur, je respecte l’élu du peuple qu’il est. Ce que je dis c’est qu’il y a eu de manière implicite ou consciente, et nous devons en débattre sans amertume, une
dérive pour les intérêts d’un clan, toujours au détriment des mêmes. Cela se double également avec un désaccord politique majeur lié aux orientations prises par la motion et à son
fonctionnement.
J’exerce ce droit d’interpellation auprès de mon camarade Vincent eut égard à la lucidité radicale qu’il a su proposer
lors du congrès de Reims. Cher Vincent, appliquons-la, à nous même, cette lucidité radicale. Commençons par être totalement lucides sur les forces vives qui composent notre
mouvement. Les faits sont têtus. Par ailleurs, comment prôner la démocratie jusqu’au bout alors qu’elle n’a même pas démarré en interne ? Comment prôner la séparation des pouvoirs
alors qu’ils sont concentrés en interne? Comment prôner la France métissée alors qu’elle n’est même pas mise en avant en interne? Avant de changer la France et le monde, nous aimerions juste
mettre de l’ordre dans notre maison, que dis-je, dans notre chambre, et nous sommes prêts à la partager avec tous nos frères.
Ce discours de vérité aura son importance au prochain congrès, gardons le présent à l’esprit dès
aujourd'hui.

@Razak/Desirs d'Avenir
La rupture ne se manifeste pas sur ce seul point. Elle se porte également sur la question de l'éthique démocratique,
mais cela tout le monde l'a dit fortement.. Ces derniers mois, et ces dernières semaines il nous est arrivé de pratiquement tous les départements de France des informations sur des camarades
qui ont été ostracisés pour les régionales à cause de leur engagement auprès de Ségolène Royal. Ces comportements sont d'autant plus regrettables qu'ils sont faits à l'encontre de camarades qui
ont été désignés candidats par la majorité de leurs camarades à l'issue des différentes assemblées générales «Espoir à gauche». Dans ce contexte, il peut être facile pour certains d’entre nous
d’appeler à un apaisement en interne, alors même que dans certains cas, ceux qui causent cet ostracisme sont des cadres de la motion, qui ne se cachent même pas en envoyant des emails dont la
copie nous est faite par les destinataires ou des coups de téléphones dévastateurs.
Voila, en partie pourquoi ce combat n’est pas le nôtre, nous militants. Voila pourquoi la réponse ne peut résider dans
la seule mise à l’index d’un seul ; le bienveillant silence est aussi coupable que la forfaiture elle-même. Et de bienveillant silence, il est, hélas, trop souvent question
dans nos appareils sclérosés. Voila aussi pourquoi ce combat n’est pas le nôtre car les clefs ne sont définitivement pas entre nos mains. A s’y mêler, chacun y perdra. Pour les uns, une part
d’âme, pour les autres, une investiture, si ce n’est l’un et l’autre à la fois. Ne rien dire est aussi, hélas, être coupable.
Les racines du malaise sont profondes et c’est sans doute pour cela que nombre d’entre nous sont tentés par la
démission aujourd’hui. Prenons le temps de la réflexion. Cette crise est la preuve de l’échec de notre mouvement en tant que famille de pensée et aujourd'hui il faut avoir le
courage politique de reconnaître que le chemin qui nous permettra de nous relever est encore long, qu’il ne peut se limiter à la seule désagrégation des courants. Si elle n’est pas
accompagnée d’une véritable révision de l’organisation interne, elle se soldera par le triomphe des potentats locaux dans une organisation totalement décentralisée. La mutualisation des causes
nationales par les motions reste encore un facilitateur dans bien des cas. Pour cela il est important de se dire des vérités et ensuite seulement, se réconcilier sous l’arbre à
palabre.
Ségolène a toujours été fidèle à nos valeurs et elle nous en fait la démonstration dans les orientations politiques
qu’elle nous propose à chaque fois et dans la manière dont elle structure notre mouvement Désirs d’avenir.
Ce combat est d’abord et avant tout celui que porte Ségolène Royal afin de réhabiliter la parole en
politique. Il est celui qu’elle mène pour la fraternité, la diversité sociale, culturelle, religieuse, athée ou ethnique. Ce combat est celui de la politique par la preuve. Elle a fait
ses preuves et elles sont incontestables. Voilà pourquoi elle nous a attiré en politique. Voilà pourquoi elle nous a amené dans la motion et que c’est elle seule qui nous fait rester. Il est là
le véritable combat pour la motion, il est un combat de fond et non pas une passe médiatique. La motion E représentait ces valeurs et elles ont été bafouées. La quasi majorité d'entre vous en
veulent à tous ceux qui ont suggéré à Ségolène de ne pas faire de vagues après Dijon car ils ont laissé pensé à tord qu’il ne s’agissait que d’un coup médiatique alors qu’il s’agissait d’un
geste politique fort, courageux et totalement loyal à nos valeurs. Je lui ai transmis votre vision de terrain que je partage. Effectivement, à ne pas pouvoir l'expliquer nous avons laissé
penser qu'il ne s'agissait pas d'un combat pour les valeurs. Et toutes ces valeurs que nous défendons, je continue à les trouver chez Ségolène Royal car le virtuose sans l’orchestre ne
peut pas grand-chose.
Les digues ne sont pas éternelles. Nous continuons donc à trouver chez Ségolène les valeurs qui fondent notre
engagement. Elle fait de ces noblesses de l’ombre et de l’anonymat que nous sommes, des instruments pour transformer une idée en action et pas seulement pour interpréter mais pour
transformer le monde. Pour transformer la France et le monde il faut s’y mettre à plusieurs, il faut faire des réseaux. C’est pour cela que nous devons rebâtir notre maison de façon à
mieux porter Ségolène et c’est le travail auquel je m’attelle. Je suis certain que les trois gros projets qui ont été portés collectivement et dont nous avons eu livraison du premier, nous
donnerons des raisons d’être fiers et optimistes. Tout ce travail de fond prendra du temps mais nous y arriverons ensemble.
Lors du Congrès de Reims, Jean Louis affirmait qu’un autre monde était possible, un ordre financier, économique,
écologique et social juste et efficace. Ce rêve est toujours vivant et beaucoup se demandent si l'Espoir à Gauche en est toujours un instrument, aiguillon d'un parti de masse profondément
renouvelé, ouvert et en phase avec la société. La flamme de l’espoir vacille, mais comme De Gaulle l'a déclaré aux premiers Français Libres en 40 « Point besoin d'espérer pour
entreprendre, ni de réussir pour persévérer. ».
C'est encore cette conviction qui anime nos Désirs d'avenir, alimentés par une volonté d'agir
concrètement.
Voila mes amis, je retourne à mon silence et à mon travail d'organisation. Ce silence n’est pas renoncement de nos
engagements, il est celui qu’impose la fatigue d’être soi, désespérément socialiste français.
Fidèlement,
Benoît
PS : J'espère avoir été suffisamment long pour ne plus avoir à revenir sur ces questions. J'ai besoin de concentration
pour mener à bien la mission que m'a confiée Ségolène pour notre association, ma seule priorité.
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