Un beau message de Gabrielle Durana, secrétaire de section et Secrétaire fédérale de FFE, sur le forum des socialistes de l étranger a un camarade qui, et il y en a, critiquait Ségolène Royal et le discours de Dakar.
Amitiés,
Fabien
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Réfutation du discours de René sur le contre-discours de Dakar
Cher René,
Je préface cette réponse en disant qu’elle manquera de style parce qu’en ce moment le meilleur de mon énergie est investie à la création de programmes FLAM dans la Baie de San Francisco sur le modèle de ce que font Christophe Monnier, Corinne Narrasiguin et Théo Chino avec EFNY à New York. La date limite de dépôt des dossiers pour demander la subvention à l’AEFE tombe le 15 avril et nous en sommes à 5 projets dont 4 écoles publiques et une institution catholique-pas-chère. Ma chronique du tsunami financier devrait reprendre de manière plus régulière aussi après cette date.
Venons-en à ma réfutation de tes arguments. /Premier point:/ quand un représentant d'un Etat (Sarkozy, Bush) ou d'une religion (le Pape) tient des propos inadmissibles, il est normal et même salutaire de se désolidariser et de condamner, voire de s'excuser. Si Cheney va au Vietnam et dit « le napalm, mes chers amis, c’était de bonne guerre, les gars d’en face étaient des terroristes », et bien j’espère que si Hillary Clinton était allée en déplacement après elle eût déclaré : « Non, en fait le napalm ce n’était pas de bonne guerre et je vous demande pardon ».
C'est exactement ce qu'a fait Ségolène en s’excusant de propos qui /lui/, qui /nous/ font honte.
Tout le monde a applaudi l’irakien lanceur de chaussure; c'est dans la même veine, sans l’insulte. Même si la légitimité de Sarkozy n'est pas remise en cause, ses actes ou ses paroles peuvent et doivent être remis en cause quand les uns et les autres se révèlent inacceptables; l’article 2 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de
1789 cite la résistance à l’oppression comme droit inaliénable et imprescriptible de l’homme, or la DDHC fait partie intégrante de notre Constitution, tu le sais bien depuis la décision du 16 juillet 1971 du Conseil constitutionnel.
C’est ce que font nos concitoyens lorsqu’ils protestent lors de déplacements officiels de Sarkozy ; la preuve, il ne peut plus visiter une banlieue ou une usine sans bouclage du périmètre. Une réélection aurait lieu aujourd'hui, il serait battu. Mais bon, revenons à mes brebis sénégalaises.
Sur le fond :
a) quand on est en face d'une situation dont les causes sont historiques il faut d'abord faire un constat public et reconnaitre les fautes (d’où la demande de pardon). Est ce que reconnaitre publiquement la Shoah et demander pardon aux victimes c'est prendre les juifs en commisération chrétienne, en condescendance du sanglot long de l’homme blanc ou est-ce faire preuve d’humanisme, cette conscience qui nous élève au-dessus du déterminisme physique et conséquentiel ? Il n'y a pas d'échelle de comparaison dans l'abomination mais la traite des esclaves + la colonisation + la FranceAfrique (pour ne pas dire une décolonisation ratée) méritent autant de discours rédempteurs, de pardons, de films, de livres que la Shoah ; par les Africains eux-mêmes et par le reste du monde-je me réjouis de /The « Interpreter »/ ou /« The Constant Gardner »/ mais /« Africa Paradis »/ c’est génial aussi.
Ségolène a donc raison de revenir sur tous ces aspects du peuple noir.
L'historie permet de comprendre comment on a accouché du présent et de préparer le futur sans recommencer les mêmes erreurs. Une commission "vérité sur le passé et avenir commun" permettrait de comprendre le rôle néfaste, je pèse mes mots, le rôle criminel de la FranceAfrique et aussi du FMI -désolé René, je t’aime bien et tu n’as pas à endosser tous les travers d’une institution que tu sers de toute ton intelligence et avec éthique) et de la Banque Mondiale (et oui /les
"PAS" m’ont tuer!/), et peut-être de redéfinir de manière plus équitable les termes de l'échange.
Si les produits agricoles ou miniers de l'Afrique étaient protégés avec les mêmes barrières légales et tarifaires, avec les même subventions que les nôtres, et si la corruption n'avait pas atteint des sommets –pour qu’il y ait un corrompu, il faut toujours un corrupteur-, l’histoire immédiate serait très différente. Une telle commission permettrait aussi de montrer le rôle néfaste des Présidents français successifs (malheureusement sans exception, donc y compris
Mitterrand, n’est ce pas Jean-Christophe ?) et des grandes entreprises françaises (Air France, ELF, etc.) sur les économies et les populations.
Je n’appelle pas cela gémir, j’appelle cela rétablir la vérité historique.Personne ne fera avaler aux Africains que Sarkozy était maladroit ou
que ses paroles ont dépassé sa pensée; il suffit de voir ses récents voyages en Afrique pour constater qu'il n'a aucune intention de rompre
avec la FranceAfrique. Dans sa représentation du monde (je n’ose pas dire dans son inconscient, car je ne suis pas cartomancienne), les
Africains ("qui ne se sont pas projetés dans l'histoire") sont justes bons à fournir des matières premières et à consommer les produits manufacturés en France et les faux tissus africains de Birmingham. Que cela aboutisse au gâchis humain et économique que l’on voit, il s'en moque comme du nom du candidat socialiste à la mairie de Neuilly. Si
cela aboutit a mettre sur la route de l'immigration des milliers voire des millions d'Africains, la seule chose qui le gêne c’est que le dégât des eaux ne pénètre pas chez lui. Et si ces maraudeurs osent quand même passer sous la porte et bien il mettra en place la répression. Un ministère par crise : Hortefeux à l’identité française et Devedjian au tsunami financier.
On enverra même la police dans les maternelles pour ne pas séparer les familles.
On ne peut pas discuter sérieusement de l’incurie actuelle en Guinée, au Zaïre, au Nigéria, ou en Cote d'Ivoire, sans commencer par discuter de la FranceAfrique.
Pour qu’il y ait un corrompu, il faut un corrupteur… or ce ne sont pas des couronnes suédoises qui se retrouvent en Suisse sur des comptes numérotés.
Les cadres africains qui travaillent dans les grandes banques centrales ou dans les ministères des finances, au FMI ou à la Banque Mondiale sont souvent des complices voire des criminels, ou des amis des seconds ; au moins des connaissances des premiers. La responsabilité des cadres africains dans la situation de leur continent serait trop longue à développer cette nuit. Et je pense que je n’ai pas l’autorité morale pour en parler parce que je ne suis pas née sur ce continent. Mais si je devais parler de la corruption en Amérique Latine, et bien la liste des vendus à la CIA de Nixon n’exonère pas Nixon.
Je passe sur Kouchner. Il est disqualifié pour dire quoi que ce soit de valide au sujet de l'Afrique. Je sais que tu refuses d’accroire Pierre Péant, mais les faits sont têtus. A têtu, têtu et demi, il te faudra donc d’autres Péants. Ils viendront, les gens ne changent pas.
Rama Yade est une poupée Barbie modèle 2009, elles viennent avec un cerveau, dont le seul rôle est d'habiller la façade "humanitaire" de Sarkozy. Il a suffi qu'elle soit un peu trop sincère et surtout qu’elle l’ouvre au Gabon pour que Notre ami Bongo oppose son veto (c’est la nouvelle version du droit d’ingérence humanitaire, peut-être ?) à sa nomination à la Coopération (dont Bockel fut éjecté pour avoir souhaité la fin de la FranceAfrique aussi). Quelle puissance ou quel secret détient Maitre Bongo pour avoir son mot terminal dans la nomination d'une sous-ministre de France? L’ogre tapi dans la bibliothèque de l’Elysée, qui comme Jorge dans le « Nom de la Rose » empoisonnait quiconque s’intéressait au deuxième volume de la Poétique d’Aristote, l’ogre s’appelle FranceAfrique. A l'UMP, ils le savent bien! Ils font du Umberto Eco sans le dire, pas sans le savoir.
Pour finir,
a) sans vouloir paraître docte, je suggère fortement la lecture des livres et articles d'Aminata Traore.
b) pour comprendre l'histoire et le rôle prépondérant que l'homme noir a joué dans l'histoire de l'Humanité (pour des gens qui ne se sont pas projetés dans l'histoire), je suggère de consulter les recherches et les livres de Check Anta Diop d'une part et de Basil Davidson de l'autre.
Voilà René, Sarkozy n’est pas moins colonialiste ni moins coupable en 2009 qu’en 2007, malgré tous les défauts que tu peux trouver au discours de Ségolène. La FranceAfrique vit ! Tiens, je te prête ma guillotine.
Gabrielle Durana - Secrétaire de la section Harvey Milk
San Francisco, Etats-Unis - Secrétaire fédérale qui pour une fois ne parle pas d’économie et de fiscalité
Message de René Fiévet du 2009/4/8 et qui à généré la réponse de Gabrielle Durana ci-dessus
Il y a deux aspects au discours de Royal à Dakar, dont on parle tant aujourd’hui. Tout d’abord, un responsable politique, quel qu’il soit, peut-il se permettre de dire qu’un discours du Président de la République, prononcé à l’étranger, n’engage pas la France ? Et peut-il, à sa place, demander le pardon pour les fautes de la France ? Évidemment non. Cela sert précisément à ça, un Président de la République en déplacement à l’étranger : porter la parole de la France. Cela vaut pour Sarkozy, comme cela valait pour Chirac, Mitterrand, De Gaulle et les autres... Je sais bien que depuis que Sarkozy est Président, le prestige de la fonction présidentielle en a pris un sacré coup. Mais est-il absolument nécessaire de le rabaisser encore un peu plus devant un auditoire étranger ? Encore que, à la décharge de Royal, je veux bien admettre qu’au Sénégal, même 50 ans après la décolonisation, on est encore chez nous, et on peut se permettre sans aucune gêne ce qu’on ne ferait pas ailleurs.
Examinons le deuxième aspect, le fond des choses. Le discours de Royal (voir l’extrait principal ci-dessous) n’a rien de novateur, surtout dans ce qu’il a de plus détestable : ce regard plein de commisération pour ces pauvres Africains, victimes de toujours, victimes de tout le monde, nés pour être victimes, et donc objets de notre sollicitude apitoyée. Pour Royal, les Africains sont des vaincus, dans un monde décidément trop dur pour eux. Il faut donc les protéger, ne serait ce qu’au nom du respect du genre humain.
Ce type de discours plait à la gauche, y compris à Hamon et Aubry qui approuvent chaleureusement. C’est normal : la gauche aime les vaincus, les faibles. C’est même un peu son fond de commerce.
L’ennui, c’est que ce que l’on peut se permettre à l’égard d’individus, voire de groupes sociaux, devient beaucoup plus problématique quand il s’agit d’un peuple. C’est compliqué, l’imaginaire d’un peuple, et la façon dont il se voit détermine en partie la façon dont il construit son avenir. Pour cette raison, je suis au regret de dire que ce genre de discours à l’égard des Africains m’insupporte au plus haut point. A un point tel qu’il devient intolérable. Non seulement il est complètement tourné vers le passé, car centré sur la repentance, mais il est désespérant.
D’ailleurs Royal demande, ni plus ni moins, une Commission « /Vérité du passé et avenir commun/ ». On ne saurait mieux dire que l’avenir de l’Afrique ne s’écrira qu’en fonction du passé. Cette façon – que je veux croire bien involontaire – de vouloir à tout prix accabler les Africains sous le poids de leurs malheurs passés a quelque chose d’humiliant pour eux. Et on voudrait enfoncer l’Afrique et les Africains dans le malheur qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
En définitive, à force d’avoir voulu faire un “contre discours”, Royal réhabilite celui prononcé par Sarkozy au mois de juillet 2007. Car ce discours, si on prend la peine de le lire, ne mérite certainement pas la désapprobation qu'il a suscitée en France. Je dis bien en France, car en Afrique c’est une autre affaire. J’ai souvent parlé du discours de Dakar avec des collègues africains que je rencontre dans mes missions professionnelles. Ce sont des cadres des banques centrales et des ministères des finances. Ils ont souvent fait leurs études en France, ils sont “ouverts au monde” comme on dit. En substance, ils me disent ceci : Sarkozy a fait un bon discours sur le fond, et peut-être même un discours nécessaire qui rompait avec l’approche précédente des relations franco-africaines. Mais il a été maladroit dans l’expression, dans certaines formulations. D’autant plus maladroit que ce qu’il disait était exact. Certaines vérités ne sont pas bonnes à dires, et si elles doivent être dites de cette façon, ce ne peut être que par un Africain. Au fond, Bernard Kouchner et Rama Yade, qui se sont exprimés hier sur le sujet, ne disent pas autre chose (c’est pourtant rare que Rama Yade ne dise pas une sottise, cela mérite d’être souligné). D’ailleurs, ce discours date de juillet 2007.
C’était, souvenez-vous, l’époque où Sarkozy pensait qu’il pouvait tout se permettre, qu’il était capable de changer le monde. Nul doute qu’aujourd’hui, maintenant qu’il est redescendu sur terre, il ne prononcerait pas le même discours dans la forme.
Mais il reste le fond de son discours, qui est puissant, novateur et plein d’espoir. Prononcé à l’Université de Dakar, il s’adresse aux futurs décideurs et cadres africains. En substance, il leur dit ceci: les Africains n’ont pas besoin de la pitié des autres, et leur avenir ne dépend que d’eux mêmes. Et pour cela, il faut qu’ils changent, et en particulier qu’ils apprennent une chose : ils sont responsables – totalement responsables – de tout ce qui leur arrive. Il faut en finir, une bonne fois pour toute, avec cette Afrique victime du monde, victime des autres: les Africains sont d’abord victimes d’eux-mêmes. Contrairement à ce que pense
Royal, ce n’est pas leur passé qui pose problème aux Africains, c’est leur présent. Le présent qui offre à leurs yeux le spectacle d’un immense gâchis. Regardez ce qu’est devenu la Guinée, ce pays comblé de richesses de toute sorte. Regardez ce qu’est en train de devenir la Côte d’Ivoire, ce pays dont on pensait qu’il avait assuré son décollage économique. Regardez surtout ce qu’est devenu
le Zaïre, ce pays qui promettait tant il y a une trentaine d’années, et qui a été pillé et saccagé de façon systématique. Et que dire des Sénégalais qui, à force de se prendre pour des seigneurs, sont devenus un peuple de mendiants professionnels (comme les surnomment les autres Africains) ? Peut-on même citer l’exemple, depuis 50 ans, d’une réussite africaine incontestable ?
La BAD peut-être, que je ne connais pas bien, mais qui semble bien gérée, et dont la signature est respectée dans le monde. Mais nous avons tous encore en tête le triste sort de la compagnie Air Afrique.
Cela, les Africains le savent bien – du moins ceux que je fréquente - , car ce ne sont pas des imbéciles, et ils sont suffisamment lucides pour voir la réalité en face. Et ce constat est pour eux la source d’une souffrance indicible, dont je m’étonne qu’elle ne se transforme pas plus souvent en colère. Un des drames de l’Afrique n’est-il pas qu’elle semble incapable de se donner des dirigeants en mesure de prononcer le type de discours qu’a fait Sarkozy en juillet 2007 ? Une chose est sûre, il faut en finir une bonne fois pour toute, nous Français, avec les propos complaisants à l’égard de l’Afrique. C’est ce qu’a essayé de faire Sarkozy. Il a eu raison. Et la prochaine fois, il soignera la forme.
René Fiévet - Washington DC
*Extrait du discours de Ségolène Royal à Dakar*
"Pour le meilleur et parfois hélas le pire, nos destins ont été liés. Ils sont liés.
Le pire : ce fut l’esclavage, cette « déportation la plus massive et la plus longue de l’histoire des hommes », comme l’a écrit Christiane Taubira dans l’exposé des motifs de notre loi de 2001 qui reconnaît ce « crime orphelin » pour ce qu’il fut : un crime contre l’humanité.
Le pire : ce fut la colonisation dont une partie de la droite, dans un projet de loi, a essayé de nous faire croire, en 2005, qu’elle eut des « aspects positifs » (...)
Permettez-moi d’être très claire. Qu’il y ait eu à cette époque des hommes et des femmes sincères de bonne volonté, cela est sûr.
Mais on n’a rien dit quand on n’a dit que cela. Le problème est que la colonisation fut un système. Ce système doit être condamné pour ce qu’il fut : une entreprise systématique d’assujettissement et de spoliation. Ses séquelles doivent être combattues sans fléchir.
Les colonisés n’avaient pas le choix. Le travail forcé et le Code de l’Indigénat étaient la règle. Et le mépris. Et le racisme. Et la violence d’un système qui fit les uns ployés sous le joug des autres.
Je veux rendre honneur à ceux qui, dans toute l’Afrique, se sont battus et sont morts dans une combat qui était le combat des Africains, oui, et de toute l’humanité.
Et je suis fière qu’il y ait eu en France des consciences pour s’insurger et des militants pour se porter aux côtés de ceux qui luttaient pour leur indépendance. Ceux-là défendaient nos valeurs quand la colonisation en était la négation.
Je crois que nous avons le devoir de poser les mots justes sur ce qui fut. Car les mots font plus que nommer : ils construisent la réalité et le regard qu’on porte sur elle. Nos plaies d’histoire ne sont pas toutes cicatrisées. Le devoir de mémoire n’a pas besoin de permission. Chacun s’en acquitte avec la subjectivité et l’héritage qui est le sien. Ce dont, en revanche, nous sommes collectivement comptables et responsables, c’est du droit à l’histoire et du devoir de vérité.
Ce droit à l’histoire et ce devoir de vérité, c’est ce qui permet de regarder les faits en face et de partager un récit qui ne soit pas ressassement du passé mais moyen de le dépasser sans amnésie et de se projeter ensemble dans l’avenir.
Dans la dernière lettre qu’il a écrite à sa femme avant d’être assassiné, Patrice Lumumba a dit sa foi inébranlée dans l’établissement de la vérité historique : « L’Histoire dira un jour son mot. L’Afrique écrira sa propre histoire ».
Honneur aux maîtres de la parole qui conservèrent et transmirent.
Honneur aux historiens de l’Afrique qui ont rappelé au monde que non seulement l’Afrique était le berceau de l’humanité mais qu’elle était avec l’Asie mineure le berceau de la civilisation humaine.
Honneur aux historiens de l’Afrique qui ont rappelé au monde l’existence des grands royaumes et des grands empires de l’Afrique. Honneur aux historiens de l’Afrique qui ont retracé les mille et une relations nouées bien avant la conquête, en des temps où le Sahara, la Méditerranée et l’Océan Indien n’étaient pas des frontières mais des points de passage et de mise en contact.
Quelqu'un est venu ici vous dire que « l’Homme africain n'est pas entré dans l'Histoire ».
Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et qui n’engagent pas la France. Car vous aussi, vous avez fait l’histoire, vous l’avez faite bien avant la colonisation, vous l’avez faite pendant, et vous la faites depuis.
Et ce que Léopold Sedar Senghor et Aimé Césaire ont magistralement accompli avec le concept « négritude », vous l’avez poursuivi avec le mot « Afrique », cet étendard d’une dignité reconquise.
C’est pour cela que les œuvres des historiens Cheikh Anta Diop du Sénégal et de Joseph Ki-Zerbo du Burkina Faso, constituent non seulement un sommet de la science, mais aussi un sommet de la lutte pour la liberté.
C’est pour cela qu’il était si important de démontrer comme ils l’ont fait que la Grèce ancienne devait tant à l’Egypte ancienne qui elle-même devait beaucoup à l’Afrique. Ils ont montré que les langues africaines permettent le même déploiement de la rationalité humaine que les langues européennes.
Il leur a souvent été reproché d’être partisans.
En insistant sur leur engagement indépendantiste et panafricain, on a voulu mettre en doute la rigueur scientifique de leurs recherches.
Mais aujourd’hui, chaque jour, les découvertes de l’égyptologie valident les thèses de Cheikh Anta Diop.
Une certaine histoire européenne de l’Afrique a voulu dénier aux Africains la fierté d’être Africains.
Et comme le pensait Lumumba, écrire c’est agir et agir c’est écrire.
Pour aujourd’hui, il est bon que se constituent autant que cela est possible des équipes mixtes de chercheurs africains et européens pour retracer le destin commun de l’Afrique et de l’Europe. Car c’est en élucidant ensemble les pages communes de nos histoires que nous pourrons écrire ensemble les pages communes de nos futurs.
Alors oui, il est temps que nous pratiquions davantage entre nous l’égalité vraie, loin des paternalismes, des misérabilismes, des ostracismes, loin des doubles langages qui masquent mal les doubles jeux.
Oui, la France doit honorer sa dette à l’égard de l’Afrique et que les Français doivent apprendre à l’école ce qu’ils ont reçu de l’Afrique.
Quand notre territoire national fut envahi, l’Afrique fut un refuge et une aide pour les forces de la France Libre.
Les soldats africains ont contribué, sur tous les champs de bataille, à inverser le cours de l’histoire.
Le 8 mai 1945, sans l’Afrique et les Africains, jamais la France n’aurait retrouvé sa liberté.
Alors comment oublier la sanglante répression menée au camp de Thiaroye contre des Tirailleurs qui réclamaient simplement le respect, leur dû et le droit de porter leurs galons car ils croyaient qu'à l'égalité du sang versé devait succéder l'égalité des droits. Ils avaient raison.
Il y a des mots que le peuple français doit au peuple sénégalais et à tous les peuples
africains qui ont souffert pour nous et par nous, ce sont des mots simples mais puissants, trois mots que j'ai envie de dire ici en tant que citoyenne et élue de la République française
Pardon. Merci pour le passé. Et s'il vous plaît, pour l’avenir, bâtissons ensemble.
Je veux que nous ayons la force de reconnaître enfin tout ce que nous vous devons et tout ce que nous pouvons ensemble. Et c’est parce que j’aime la France, parce que je la crois suffisamment forte et généreuse, que je la veux capable de regarder son histoire en face. Je le veux capable d’assumer son devoir de vérité et son devoir de responsabilité.
Nous devons créer ensemble, à l’échelle de nos deux continents, une "Commission Vérité du passé et avenir commun" qui aurait accès à toutes les archives civiles et militaires, qui accueillerait tous les témoignages et qui aurait pour mission de dire le vrai, de pacifier les mémoires et de recueillir tous les témoignages.
La France républicaine mérite aussi que cesse ce qu'on appelle – et on sait ce que cela veut dire - la Françafrique et l'opacité de décisions prises dans le secret de quelques bureaux."
Vendredi 13 février
Salon des intercommunales
Intervention de Gilles Savary sur "Intercommunales, entreprises publiques, quelle place en Europe" à Liège (Belgique)
Mardi 17 février
Bureau National : Siège du PS, rue de Solférino
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