Invitée de RTL Ségolène Royal ce matin (23 avril 2009)

Publié le par Désirs d'Avenir Castelnau-de-Médoc

Ségolène Royal sur Sarkozy : "Quand on fait preuve d'arrogance et de mépris, un jour, il y a un effet boomerang"

Ségolène Royal, présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, était jeudi l'invitée de RTL. Elle répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie. L'ex-candidate à l'élection présidentielle est longuement revenue sur les conflits sociaux et les violences qui en découlent, mais également sur ses "excuses" envers José Luis Zapatero.

 

Verbatim :

Bonjour Ségolène Royal

Bonjour
Les salariés de Continental ont dégradé, mardi, la sous-préfecture de Compiègne ainsi que des locaux de leur société. Le Premier ministre a réagi avec fermeté, hier. "Je le dis clairement - je cite François Fillon - s'agissant de ces violences, il y aura des poursuites judiciaires".

Le Premier ministre a-t-il raison d'afficher cette fermeté, Ségolène Royal ?

D'abord, la violence ne résout rien. Et en même temps, je ne confonds pas (ça vous rappellera quelque chose) les voyous et les casseurs avec des salariés qui sont désespérés parce qu'ils sont d'abord maltraités ; ensuite, parce qu'ils ont peur de perdre leur emploi et de basculer dans la pauvreté, voire dans la misère.

Faut-il les poursuivre lorsqu'ils dégradent une sous-préfecture, Ségolène Royal ?

Il faut déjà mettre à plat les responsabilités.

J'observe, malheureusement, qu'il a fallu en arriver à ces actes extrêmes pour que le gouvernement leur accorde la réunion tripartite, c'est-à-dire entre l'entreprise, l'Etat et les organisations syndicales qu'ils demandaient depuis 5 semaines. On a appris, hier soir, que cette réunion allait se tenir au ministère le 29 avril prochain. Donc la question est la suivante : pourquoi depuis des semaines, ce dialogue social ne s'est-il pas noué ?

Donc, ça c'est la question que vous posez. Moi je n'ai pas la réponse.

 Des poursuites doivent-elles être engagées contre ceux qui ont dégradé une sous-préfecture ?

Je pense qu'il faut appliquer la Loi à tous les citoyens.

Mais en  même temps, on a connu des révoltes sociales : les révoltes des agriculteurs, les révoltes des pêcheurs. Il y a un moment, je crois, qu'il faut savoir apaiser les tensions de tous côtés, c'est-à-dire en appeler au calme et éviter de parvenir à ces extrêmes ; et il faut aussi avoir en face un gouvernement qui prenne ses responsabilités. Il y a trois raisons pour lesquelles, aujourd'hui, on peut craindre, en effet, la multiplication de ce type d'actions.

Il y a donc trois raisons, donc il y a trois moyens de les résoudre.

- La première raison, c'est que les gens ne supportent plus -et à juste titre- des injustices aussi exacerbées que celles que nous connaissons en France. D'un côté, des gens qui brassent des milliards et même qui s'enrichissent dans la Crise ; et de l'autre, tous ceux qui basculent dans la misère, dans la pauvreté et entre les deux, les classes moyennes qui se sentent tirées vers un déclin qui fait peur.

- La deuxième raison, c'est qu'il y a une parole de l'Etat qui n'est pas tenue. Quand le Chef de l'Etat lui-même se déplace dans les entreprises : Gandrange, Caterpillar en disant : je vais résoudre les problèmes. Ensuite, les salariés ne croient plus à cette parole et à ces engagements qui ne sont pas tenus.

- Et enfin, on a un dialogue social qui est digne du Moyen Age. Il y a dans les pays du Nord de l'Europe, autant de mutations industrielles et très peu de grèves ou très peu de conflits sociaux. Pourquoi ? Parce que les salariés et les organisations syndicales sont respectés, que la loi oblige les entreprises à les associer aux mutations industrielles de l'entreprise et que l'on trouve des solutions avant que les gens ne basculent dans la colère.

"Il y a un risque révolutionnaire" en France, dit Dominique de Villepin. C'est irresponsable de dire cela ou pas, Ségolène Royal ?

Mais QUI, aujourd'hui, ne constate pas qu'il y a, en effet, un risque de révolte tous azimuts.

Un risque révolutionnaire.

Mais Jean Michel Aphatie, excusez-moi de vous parler comme ça. Mais mettons-nous à la place des uns et des autres pour bien comprendre ce qui se passe. Si aujourd'hui, vous apprenez qu'à la fin de ce mois, vous allez être licencié de votre entreprise, qu'est-ce que vous allez faire ?

Vous-même, vous dites que rien ne légitime les violences. Vous l'avez dit au début.
Rien ne légitime la violence.

C'est la première phrase que vous avez dite.

Mais rien ne légitime les violences.

Donc !

Encore faut-il ne pas accepter de mourir dans le silence. Car que se passe-t-il  ...

C'est un peu contradictoire quand même.

Non.
Si rien ne légitime la violence ; donc, la violence n'est pas légitime.

Mais parce qu'il appartient aux responsables politiques de faire en sorte d'anticiper les problèmes qui peuvent conduire au désespoir. Et des solutions, il y en a. La preuve, c'est que dans certains pays il y en a.

S'il y a des mutations industrielles à accompagner parce qu'en effet, certains secteurs économiques sont en voie de difficultés économiques, et notamment tous les sous-traitants de l'automobile sont en grande difficulté économique ; mais il y a des solutions. Quelles sont ces solutions ? C'est la mutation industrielle vers la Croissance Verte, en particulier. Pourquoi est-ce que le véhicule électrique, par exemple, attend encore aujourd'hui des investissements massifs de l'Etat ? Pourquoi est-ce que dans d'autres pays il y a ces mutations industrielles qui réussissent vers, par exemple, les énergies renouvelables, vers tous les nouveaux matériaux.

Donc, ce que veulent les salariés. C'est, premièrement, être respectés ...

Une révolution verte !

- silence –

C'est autre chose comme révolution !

Moi je pense que ce ne sont pas des sujets de plaisanterie.

Ce que veulent les salariés, c'est d'être respectés, c'est d'être informés de ce qui va se passer. C'est que quand il y a des mutations industrielles, qu'il y ait des systèmes -et ils existent- de sécurisation professionnelle, c'est-à-dire que les salariés continuent à être payés pour être formés sur les nouveaux métiers et ne soient pas jetés à la rue par des dirigeants et par un Etat qui n'arrivent pas à anticiper les problèmes alors qu'ils sont payés pour ça ; et que c'est de leurs responsabilités.

Les excuses que vous avez présentées à Jose Luis Zapatero pour des propos prêtés à Nicolas Sarkozy ont suscité la polémique, Ségolène Royal. "Si Ségolène doit s'excuser à chaque fois que Sarkozy fait une boulette, elle va passer sa vie à genou". C'est Jean Christophe Cambadélis, membre de la direction socialiste qui a dit ça. Même vos amis se sont un peu moqués de vous, cette fois !

C'est pas faux, cela dit. Ca met le doigt ...

Que vous pourriez passer votre vie à genou ?

Ah écoutez, j'ai là la presse internationale. Je vais vous la laisser mais vous la connaissez parce que vous êtes un grand professionnel des médias.

C'est trop gentil !

Quand vous lisez ce qui est dit sur Nicolas Sarkozy, je n'ose même pas le dire à votre antenne parce que je pense que c'est extrêmement ...

Ce sont des propos prêtés à Nicolas Sarkozy. Nous sommes d'accord ?

Non, non ... mais quand vous lisez la presse internationale ...

Oui, mais !

    ... ce qui est dit au Royaume Uni, ce qui est dit à Washington, ce qui est dit en Espagne, ce qui est dit partout dans tous les pays du Monde, là où se déplace Nicolas Sarkozy ... là aussi, la façon dont il s'exprime -ce qui n'est pas sans lien avec le sujet précédent- quand on fait preuve d'arrogance et de mépris, un jour il y a un effet boomerang.

Vous  n'en faites pas trop, Ségolène Royal ?

Je ne crois pas. Je pense que la présence de la France et la dignité de la France sur le plan international a quelque chose à voir aussi avec la Crise économique car quand un pays n'est plus pris au sérieux parce que celui qui le représente a passé son temps à dénigrer ou à  mépriser les grands dirigeants du Monde, je pense que ça a un impact aussi sur la façon dont nos entreprises ensuite sont respectées sur la scène internationale.

Mais ça, vous pouvez le dire. Mais des excuses ! Une fois des excuses, bon. Deux fois, des excuses !

C'est pas ça qui est de trop, Ségolène Royal ?

Elles ne sont pas de même nature.

Le "pardon" pour le discours africain de Nicolas Sarkozy, je pense, était attendu depuis longtemps non seulement par tous les Démocrates et par tous ceux qui défendent des valeurs universelles de respect là aussi, mais aussi par tous les pays africains qui, à un moment, risquent aussi de se détourner de la France et de faire alliance avec d'autres pays du Monde pour sortir du développement ; et je pense que notre avenir aussi se joue quelque part dans la capacité qu'aura le continent africain à sortir du développement.

Mais deux fois des excuses.

 Mais elles ne sont pas de même nature ! Les excuses à M. Zapatero -et d'abord, c'est un ami-. Vous laisseriez tomber, vous, un ami qui subit ?

Vous pouvez passer un coup de fil.

Non. Tenez, je vous laisse copie de la lettre que je lui ai adressée et vous verrez à quel point cette lettre est non seulement ...

Lettre manuscrite, je le signale.

Mais bien sûr ! Vous savez, c'est quand même un sujet extrêmement sérieux. De quel droit ? De quel droit est-ce que Nicolas Sarkozy traite ainsi un grand pays et un dirigeant d'Europe à un moment où au contraire, tous les pays d'Europe doivent se rassembler pour trouver des solutions à la Crise.

On a lu qu'on vous verrait le 1er mai avec Martine Aubry dans les rues de Paris. C'est vrai, Ségolène Royal ?

Le Parti Socialiste et Martine Aubry m'ont demandé de participer à des actions communes et je crois que c'est bien volontiers que je le fais, notamment compte tenu de la gravité de la Crise, je crois que les Socialistes doivent être rassemblés.

Ségolène Royal était l'invitée d'RTL, ce matin. Bonne journée.

Publié dans Ségolène Royal

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