Le PS est dans l'opposition. Et, comme tel, il aspire à gagner les élections futures et à gouverner. Mais pour ce faire, il doit affronter et résoudre quatre défis.
Le premier concentre, aujourd'hui, toute l'attention : c'est la question du leadership. Un parti moderne ne
peut espérer vaincre sans un leader charismatique, et c'est encore plus vrai en France en raison de l'élection présidentielle. Le PS a cru trouver la solution en mettant en place des règles de
sélection et d'élection du leader. Mais il n'a pas su éviter deux pièges : celui de la dissociation entre le poste de secrétaire du parti et la position de candidat à l'élection
présidentielle ; celui de la divergence quasi structurelle entre préférences de militants et préférences des électeurs. Les militants privilégient généralement les candidats les plus
radicaux, alors même que l'élection se gagne au centre.
Le deuxième défi est celui de l'idéologie ou plutôt de la « vision du monde » que le parti entend proposer. Le drame du socialisme français est qu'il a, presque toujours, été réactif
plutôt que dans l'anticipation. Cette carence est quasi génétique. Quand la SFIO, l'ancêtre du PS, fut créée à l'aube du XXe siècle, son nom bizarre fut lui-même un aveu d'impuissance
face aux divisions quasi irréconciliables de la famille socialiste.
Plus récemment et avec beaucoup de retard et de réticences, le PS s'est rallié du bout des lèvres à la social-démocratie, au moment même où celle-ci s'essouffle partout en Europe du fait de la globalisation. Et, sur ce point, le PS a encore un train de retard. Au lieu de mener un combat d'arrière-garde à l'encontre d'un phénomène inéluctable, il serait mieux inspiré de réfléchir aux changements qu'implique, pour la gauche, cette radicale transformation du monde.
Le troisième défi, celui du programme, dérive naturellement du second. Être dans l'opposition présente au moins un avantage : celui de donner le temps de la pédagogie pour expliquer des changements et des réformes parfois difficiles. Le PS doit retrouver la vocation qu'il n'aurait jamais dû perdre : celle d'un parti réformateur qui prépare les électeurs ¯ y compris et d'abord les siens ¯ aux évolutions nécessaires, au lieu de rester écartelé entre les sirènes gauchistes et les pesanteurs corporatistes. Celles-ci sont liées à un électorat de plus en plus vieux, concentré dans le secteur public et chez les retraités. Le PS ne peut plus seulement être le parti de la redistribution et de la dépense publique. Surtout, il ne peut plus être seulement un parti de protestation, incapable de proposer une alternative crédible.
Enfin, le quatrième défi est celui des alliances. Le PS ne peut gouverner seul et il doit l'admettre publiquement.
S'allier à l'extrême gauche est le baiser de la mort, comme le suggère la malheureuse expérience Prodi en Italie. L'alternative est simple sur le papier : il ne reste que les centristes
et/ou les écologistes pour les épousailles, un choix que le PS ne semble pas prêt à faire, si ce n'est sous forme d'alliances de circonstance au second tour.
Là encore, le PS a besoin de clarifier ses positions et le plus vite possible. Faute de quoi, le Parti socialiste restera encore, pour belle lurette, le parti des maires et des élus locaux, le
parti de la nostalgie des années 1980. Le PS n'a d'avenir que s'il prend à bras-le-corps ces quatre travaux d'Hercule. Tout indique que le chemin est encore long.
(*) Président de l'Institut universitaire européen de Florence.
Yves Mény - Ouest-France
Vendredi 13 février
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Mardi 17 février
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