Conflits d’intérêt : EDF\Proglio patron dans le public... et dans le privé

Publié le par Désirs d'Avenir Castelnau-de-Médoc

Nommé à la tête d'EDF, le PDG de Veolia Environnement veut changer le statut de son entreprise pour en garder les rênes.

Nicolas Sarkozy et Henri Proglio le 24 avril au centre Veolia de Jouy-le-Moutier (Reuters)

C'est une situation originale et, surtout, risquée. Henri Proglio va devenir le patron d'une entreprise publique, EDF, tout en gardant la main sur l'entreprise privée qu'il dirigeait, Veolia Environnement. Souhaitée par Nicolas Sarkozy, cette nomination renforce la concentration du capitalisme français entre quelques mains. Et elle pourrait donner lieu à des conflits d'intérêt dangereux.

La nomination de Henri Proglio, dimanche lors d'un conseil d'administration d'EDF, n'était pas une surprise. L'Elysée avait décidé de se débarrasser de Pierre Gadonneix, et le patron de Veolia Environnement était donné favori depuis longtemps.

Ce qui est plus surprenant, c'est qu'Henri Proglio ait obtenu ce qu'il réclamait : conserver la main sur son groupe actuel. Ce lundi après-midi, il a convoqué les administrateurs de Veolia Environnement pour leur proposer un petit tour de passe-passe juridique.

L'idée est simple, mais il fallait y penser : changer les statuts de Veolia Environnement, pour transformer son conseil d'administration en conseil de surveillance. Un conseil qui restera présidé par Henri Proglio.

Conseil d'administration, conseil de surveillance ? Soyons justes avec Henri Proglio : il y a une nuance. Et le nouveau président d'EDF n'est pas le premier cumulard du capitalisme français.

Un conseil d'administration dirige vraiment l'entreprise. Un conseil de surveillance n'a officiellement pas de rôle exécutif : il contrôle le travail du PDG et des directeurs généraux, réunis au sein d'un directoire. C'est cette structure que devrait adopter Veolia Environnement.

Comme le relèvent Les Echos, Henri Proglio suit l'exemple de trois cumulards :

  • Gérard Mestrallet : PDG de GDF Suez, président du conseil d'administration de Suez Environnement
  • Jean-Cyril Spinetta : président du conseil d'administration d'Air France KLM, président du conseil de surveillance d'Areva
  • Jacques de Chateauvieux : PDG du groupe de services maritimes Bourbon, président du conseil de surveillance d'Axa

Henri Proglio n'innove pas en cumulant des fonctions dans le public et le privé. L'Etat possède près de 85% du capital d'EDF, mais il détient aussi 37,5% de GDF Suez (directement ou via la Caisse des dépôts), et il est le premier actionnaire d'Air France, avec un peu moins de 16% du capital. La situation n'est donc pas inédite, mais elle reste surprenante.

Derrière la concentration des pouvoirs et le mélange public-privé, c'est aussi la question des conflits d'intérêt qui se pose. A priori, les activités de Veolia Environnement et d'EDF sont complémentaires. A tel point que les deux groupes disposent d'une filiale commune dans l'énergie, Dalkia.

L'avenir de cette filiale représente un premier casse-tête. Selon Les Echos, EDF envisageait de prendre le contrôle de Dalkia et de monter au capital de Veolia Environnement. Une perspective qui n'enchantait pas vraiment Henri Proglio.

Dans ce dossier, défendra-t-il les intérêts d'EDF ou ceux de Veolia Environnement ? Certains s'interrogent aussi d'ores et déjà sur une fusion entre les deux groupes. Sur le modèle de celle de GDF Suez, menée par un autre cumulard, Gérard Mestrallet.

La dernière interrogation n'est pas morale ou financière, mais humaine. Comment peut-on trouver le temps et l'énergie nécessaire pour diriger un groupe comme EDF et « surveiller » un autre géant, comme Veolia Environnement ?

Henri Proglio a peut-être pris pour modèle celui à qui il doit sa nomination, Nicolas Sarkozy. Avec une même réticence à lutter contre le cumul des mandats, et un même goût pour l'omniprésidence.

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