"Main basse sur l'école publique": à lire d'urgence.....

Publié le par Désirs d'Avenir Castelnau-de-Médoc



A l'heure où est discutée la loi Carle, il faut lire et relire "Main basse sur l'école publique"

Pour les auteurs de cet essai paru en 2008 chez Démopolis, l'actuel gouvernement entend saper les bases de l'école publique républicaine et pousser peu à peu classes moyennes et supérieures vers le privé.

Malheureusement aussi étayé que convaincant, leur livre est plus que jamais d'une brûlante actualité.

Les auteurs se sont penchés sur la généalogie des idées gouvernementales en matière d'Education nationale. Celles-ci vont puiser dans un vivier idéologiquement marqué, qui emprunte aussi bien au Club de l'Horloge (extrême-droite) qu'à l'Opus Dei.

Catholiques conservateurs et droite ultra-libérale se sont rejoints, expliquent Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi, pour prôner "le chèque éducation" (aux Etats-Unis, "school voucher"): un coupon donné à l'école de son choix. L'école remet le coupon au gouvernement, qui le convertit en argent. On se doute des conséquences d'une telle mesure : appauvrissement de l'école publique, enrichissement des écoles privées les plus prisées, baisse générale du niveau des enseignants, fin de toute mixité sociale.

Deux heures d'enseignement hebdomadaires supprimées dans les écoles publiques

L'ex-ministre de l'éducation nationale Xavier Darcos s'est bien gardé, expliquent les auteurs, d'appliquer d'emblée une mesure si brutale. Pour affaiblir l'école publique et préparer les esprits, mieux vaut avancer masqué. Il s'agit d'abord, martèle le gouvernement, de faire des économies. Sans guère susciter de réaction, deux heures d'enseignement ont ainsi été supprimées en 2008 dans le primaire (le samedi matin). Notons que cette suppression ne s'applique pas automatiquement aux écoles privées sous contrat : certaines offrent aux élèves 26 ou 27 heures de cours pour tous, au lieu de 24 heures dans les écoles primaires publiques ( plus deux heures de soutien, mais pour certains élèves seulement).

Suppression également de 11.200 postes d'enseignants dans l'Education nationale en 2008, et 13.500 en 2009. Détail rarement souligné, mais relevé par nos auteurs (pages 69 et 78) : le gouvernement a ôté, en proportion, moins de postes dans le privé (les enseignants des écoles sous contrat sont payés par l'Etat), que dans le secteur public.

L'argent public s'oriente de plus en plus vers l'enseignement privé


Insidieusement, comme le montre la loi Carle, l'argent public s'oriente de plus en plus vers l'enseignement privé, en particulier catholique. Et le mouvement ne date pas d'aujourd'hui : la loi sur la décentralisation du 13 août 2004 "impose aux communes de contribuer aux frais de scolarité des élèves qui résident sur leur territoire et sont inscrits dans une école privée située sur une autre commune". Une loi impulsée par Jean-Pierre Raffarin qui aurait prononcé en juin 1994, devant des personnels d'établissement catholique de Poitou-Charentes, cette phrase ahurissante : "Je ne serai pas le complice du développement de l'enseignement public" (page 142).

Autre concession de taille à la droite de la droite: la suppression des IUFM, dénoncés depuis longtemps par celle-ci comme un nid de "pédagogistes" malfaisants.  "L'économie réalisée par une telle opération se chiffre à près de 30.000 emplois de stagiaires, le volet IUFM du budget de l'education nationale étant purement et simplement supprimé, puisque la formation dispensée aux élèves-professeurs ne serait plus rémunérée".  L'enseignement devient ainsi le seul métier qui ne nécessite pas de formation spécifique.

A ranger dans le même rayon, la pseudo-suppression de la carte scolaire. Comme il est difficile de pousser les murs, lycées  et collèges publics cotés n'accueillent pas plus d'enfants. L'annonce gouvernementale d'"aménagement" de la carte scolaire a surtout multiplié les parents déçus, qui se sont rabattus (quand ils ont pu) sur les lycées et les collèges privés. Une déception qui ne doit rien au hasard : si l'on en croit les auteurs du livre, tel était le but de la manoeuvre. "Devant le naufrage annoncé et comme précipité de l'Education nationale, ... l'école privée, bien que porteuse de ségrégation sociale, est en passe de devenir le nouvel eldorado de familles séduites par les slogans des marchands d'école, à longueur de palmarès et d'articles élogieux que, pourtant les statistiques officielles démentent."

Autant lire au plus vite cet ouvrage salutaire qui met en garde l'ensemble des parents contre l'asphyxie programmée de l'école républicaine, seule garante -de plus en plus fragilisée- d'un enseignement laïc, gratuit et obligatoire et d'une certaine mixité sociale. Un héritage en voie de liquidation.

-> "Main basse sur l'école publique" Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi (Demopolis, 20 euros). Les auteurs viennent de publier un article sur la loi Carle, 
"Nanterre paiera pour Neuilly", sur le site Bakchich.

-> 
La loi Carle en discussion au Sénat

http://culture.france3.fr/livres/essais/57612786-fr.php
Vu sur le blog de "Prof en campagne"
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