Peu importaient les démentis des images comme des témoignages, ou même des chiffres : il fallait imposer
par une répétition aussi obstinée qu’aveugle et sourde une hyper-réalité de propagande : nous avons gagné puisque nous vous répétons que nous avons gagné. Le ministre du Travail Éric
Woerth est devenu un maître de cet exercice d’honnêteté auto-proclamée et donc auto-démontrée : « puisque je vous dis que je ne mens pas, c’est que je ne mens
pas !». Les yeux dans les yeux ! Vous n’allez tout de même pas douter de la parole des plus hautes autorités qui se répètent, se font écho, se légitiment… La communication
sarkozyste était poussée à son apogée : il ne suffit pas que le mensonge soit gros, il faut qu’il soit grossièrement martelé pour être entendu. Ainsi le flux ne serait-il que du
reflux puisqu’il est célébré par toutes ces sommités. Sauf que…
Sauf qu’en privé les dirigeants de l’UMP eux-mêmes ne chantent pas la même chanson. Ils reconnaissent, sous le
sceau du off, que « c’était énorme », qu’ils ne « s’attendaient pas à une telle démonstration de force 15 jours après la précédente » et qu’ils
avaient espéré dans une « usure qui tarde elle à se manifester ! ». Une grève légèrement moins suivie? « Au mois de septembre, avec la rentrée scolaire et
les impôts, qu’il y ait eu autant de grévistes voilà qui démontre une résolution forte ». Pire encore, pour ces sarkozystes : non seulement les foules de manifestants sont
toujours aussi déterminées, mais l’opinion elle-même ne fléchit guère. Elle soutient très majoritairement le mouvement contre une réforme toujours ressentie comme fondamentalement
injuste. Et alors que tous les commentateurs autorisés expliquent qu’il faut « y passer », que ces changements sont « nécessaires »,
« inéluctables », « incontournables », voir autant de monde braver la doxa médiatique dominante, voilà qui laisse pour le moins perplexes nos excellences. Il est
vrai que celles-ci oublient vite et notamment cette constante : à chaque fois que les élites ont décidé qu’il y avait une seule voie obligatoire, le peuple s’est regimbé. Les
Français détestent qu’on leur impose un menu unique et veulent la liberté de pouvoir choisir à la carte. On ne fait pas de pédagogie d’ailleurs avec eux, on leur administre la leçon en
leur répétant «on ne peut pas faire autrement». Et puis, on leur parle comme à des enfants débiles qui ne comprennent rien en usant d’un argument d’autorité dont on est dépourvu.
Car il n’y a rien de plus comique que d’entendre François Fillon qui a toujours dit « oui » à tout ce que demandait le président et qui aujourd’hui prend son air le
plus sévère, fronce des mots comme des sourcils : « gouverner la France, c’est aussi savoir dire non… ». Dire non à quoi ? Aux ambitions des dirigeants de l’UMP en
pleine bataille de pistolets à bouchons ? Dire non au déconomètre qui fonctionne à plein régime, voilà qui serait une bonne idée…
Bonjour mr Domenach,
Une réaction (sans lien avec votre article) concernant votre dernier passage sur Canal plus. Vous avez affirmé qu'il y a des zones de non-droit dans les banlieues. C'est complétement faux. Renseignez-vous que diable! Le droit s'applique dans toute sa rigueur dans ces quartiers (comparutions immédiates). La justice condamne bien plus d'habitants de ces quartiers que d'habitants de Neuilly sur Seine.
A force d'entendre les aneries d'un Zemmour vous commencez à perdre le sens des réalités!