ITW de S.Royal à La Croix:Ségolène Royal : « Ce pouvoir cherche des boucs émissaires pour occulter les vraies difficultés »

Publié le par Désirs d'Avenir Castelnau-de-Médoc

À la veille de la Fête de la fraternité, organisé samedi 18 septembre à Arcueil (Val-de-Marne) par son mouvement Désirs d’avenir, Ségolène Royal, présidente PS de la région Poitou-Charentes et ancienne candidate à l’élection présidentielle multiplie les critiques contre le chef de l’État

La Croix. Vous avez parlé de « triste jour » après le vote à l’Assemblée de la réforme des retraites. Pensez-vous toujours que la gauche rétablira le droit à la retraite à 60 ans ?

SÉGOLÈNE ROYAL : Bien sûr que nous reviendrons sur cette mesure. Ce passage de la retraite à 62 ans et à 65 ans n’apporte que très peu de financement au système de retraite. C’est une réforme idéologique marquée par l’injustice. Cette réforme tape sur les bas et les moyens salaires alors que les revenus du capital ne sont pas appelés à cotiser. Tout cela vise surtout à faire peur aux jeunes générations en leur laissant croire qu’elles n’auront pas droit à une retraite digne. On veut ainsi les pousser vers les retraites privées pour le plus grand profit des compagnies d’assurances et des banques tenues par les proches du pouvoir.

Comment jugez-vous la tension entre la France et l’Europe sur l’expulsion des Roms ?

Cette polémique entretenue par le gouvernement est détestable. Les Français en ont assez de toute cette agitation frénétique autour d’un sujet qui doit être réglé mais qui n’est nullement leur priorité. Ce pouvoir cherche des boucs émissaires pour nourrir un feuilleton insupportable en espérant occulter les vraies difficultés. Ce que les Français attendent, ce sont des actions urgentes contre le chômage, pour leur pouvoir d’achat, l’éducation, la Sécurité sociale.

Comparer les expulsions de Roms avec les déportations de juifs, cela paraît-il justifié ?

Je ne veux pas alimenter cette polémique parce que c’est tout ce que recherche le pouvoir en place pour détourner l’attention.

L’Église s’est fortement fait entendre sur cette question. Est-elle dans son rôle ?

Les représentants des religions ont raison d’intervenir. Ils sont totalement légitimes pour rappeler que l’exploitation grossière de la misère est incompatible avec les valeurs religieuses et aussi avec les valeurs humanistes et universelles.

Le PS devrait présenter prochainement des propositions sur la sécurité. Vous aviez reçu un accueil assez frais lorsque vous aviez parlé d’« ordre juste ». Le PS a-t-il désormais évolué ?

Oui, le PS a changé car il a pris en compte l’aspiration de ceux qui souffrent le plus de l’insécurité. Beaucoup de maires socialistes se rendent compte qu’il faut davantage s’occuper des victimes que des délinquants. Il y a bien sûr des explications sociales à la délinquance, notamment la pauvreté, mais la responsabilité personnelle et individuelle de chacun reste prépondérante. La prévention doit être épaulée par une répression efficace. Moi, je n’ai jamais fait preuve de faiblesse sur ce sujet et je constate l’échec de Nicolas Sarkozy dans ce domaine aussi.

Le climat politique est marqué par les polémiques et les invectives. Vous-même avez parlé de « système Sarkozy corrompu »…

Qui est responsable de cette situation ? C’est bien ce pouvoir corrompu, je l’ai dit et je le maintiens. Cette tension vient de ce que le système Sarkozy ne tolère plus aucun contre-pouvoir, ni la justice, ni la presse, ni les collectivités locales ni même à l’opposition parlementaire comme on l’a vu avec l’interruption brutale du débat sur les retraites. Oui, Nicolas Sarkozy est responsable de ce gaspillage d’énergie, à un moment où il faudrait au contraire être mobilisé pour améliorer la situation des Français. Les mauvaises manières du président de la République menacent désormais nos intérêts économiques en pénalisant nos entreprises à l’étranger.

Vous organisez samedi 18 septembre la Fête de la fraternité avec votre association Désirs d’avenir. N’est-ce pas contradictoire de cultiver votre singularité tout en prônant l’unité au sein du PS ?

J’ai créé cette association pour rassembler ces milliers d’hommes et de femmes qui se reconnaissent dans une certaine conception de la politique. Il est normal que je continue à les réunir et à travailler avec eux. Désirs d’avenir n’est pas un parti politique et n’est nullement concurrent du PS. D’ailleurs j’ai invité la direction socialiste à participer à notre fête, cela ne pose aucun problème entre nous.

Justement, comment vos relations avec Martine Aubry sont-elles passées si rapidement du froid polaire à l’entente cordiale ?

Il y a eu une période pénible, mais j’ai voulu tourner la page. La responsabilité des dirigeants socialistes est de se rassembler, car les Français n’accepteraient pas une guerre des chefs. Nous ne gagnerons que dans l’union. Quand on est un responsable de haut niveau, il faut rechercher l’intérêt général.

Dans les sondages, le PS fait la course en tête. Que doit-il faire pour conserver cet avantage jusqu’à la présidentielle ?

On sait ce que valent les sondages, si loin de l’échéance ! Gardons-nous de toute euphorie car une partie de la popularité du PS vient du rejet de ce que fait subir Nicolas Sarkozy à notre pays. D’ici à 2012, le travail des socialistes sera de rester unis et de construire un projet crédible. Je constate d’ailleurs que beaucoup de choses restent d’actualité dans la plate-forme présidentielle que j’avais portée en 2007. Il faudra aussi innover pour prendre en compte ce qui a bougé depuis trois ans avec la politique désastreuse de ce gouvernement.

Quand annoncerez-vous votre décision de vous présenter ou non à la primaire du PS ?

Nous verrons le moment venu. Ma priorité pour le moment va à la sensibilisation des Français à ce qui est en train de se passer. Face aux difficultés de toute nature, les Français n’ont pas l’esprit à la campagne présidentielle.

Recueilli par Mathieu CASTAGNET

Publié dans Ségolène Royal

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