Dans les zones urbaines sensibles, le chômage des jeunes explose

Publié le par Désirs d'Avenir Castelnau-de-Médoc

21 Mars 2009 Par  Carine Fouteau

C'est un désaveu cinglant pour la politique de l'emploi menée par François Fillon et plus particulièrement pour le plan Espoir banlieues de Fadela Amara, la secrétaire d'État à la ville. En un an, la situation des jeunes de moins de 26 ans résidant dans les zones urbaines sensibles (ZUS) s'est fortement détériorée. La crise économique, couplée aux effets des discriminations, les touche de plein fouet.

Selon une note interne au gouvernement que Mediapart s'est procurée, 63.900 jeunes vivant dans ces quartiers étaient inscrits au chômage fin janvier. Parmi eux, 12.230

étaient enregistrés dans les catégories 1, 2 et 3 des demandeurs d'emploi, c'est-à-dire qu'ils n'avaient exercé aucune activité dans le mois, qu'ils étaient disponibles immédiatement et qu'ils cherchaient n'importe quel type d'offre (CDI, CDD, temps partiel ou contrat saisonnier). Autrement dit: des candidats prêts à l'emploi, peu coûteux et flexibles. Pourtant, pour eux, la dégringolade est significative: entre janvier 2008 et janvier 2009, le rythme d'entrée au chômage s'est accru de 57,2%. Pour les diplômés (bac+3 et au-delà), la situation s'est dégradée plus radicalement encore, avec une hausse de 104%, soit un doublement en un an.

Un autre indice, à double tranchant: le nombre des moins de 26 ans ayant cessé de se manifester auprès du Pôle emploi est identique, sur un an, pour les moins qualifiés, et il a augmenté de 15,8% pour les diplômés. Ce qui ne constitue pas nécessairement une bonne nouvelle: parmi eux, certains ont dû trouver un emploi ou un stage, mais beaucoup ont pu être découragés au point de renoncer à se présenter à l'ex-ANPE. Ces informations sont «alarmantes», indique la note qui s'inquiète du fait que «le nombre de diplômés laissés-pour-compte dans les ZUS augmente encore plus vite que les non-diplômés».

Les mesures à l'étude: contrats en alternance et aides aux employeurs

Mécaniquement, en période de récession, les jeunes (et les plus âgés) sont les premiers à subir la hausse du chômage. En 2008, le nombre de demandeurs d'emploi de moins de 25 ans, qu'ils habitent en centre-ville, en banlieue ou à la campagne, a augmenté de 23% sur un an. Moins expérimentés, sans carnet d'adresses, ils font face à des employeurs qui hésitent à les recruter et à prolonger leur contrat.

Pas moins de quatre personnes, nommées par Matignon ou l'Elysée, sont mobilisées, sans succès pour l'instant: Fadela Amara, mais aussi Martin Hirsch – qui s'est vu confier la charge de la jeunesse –, Laurent Wauquiez, le secrétaire d'État à l'emploi, et Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité et à l'égalité des chances. Tous gardent en mémoire l'accueil fait, par le passé, aux contrats «spécial jeunes» (le CIP en 1994 et le CPE en 2005 proposé à la suite des émeutes dans les banlieues). Vu le contexte social, ils ne devraient pas se risquer sur cette voie. En revanche, ils étudient des mesures visant à renforcer les contrats de formation en alternance (apprentissage et professionnalisation) et les aides aux employeurs sur les contrats aidés. Yazid Sabeg plaide, lui, en faveur de l'augmentation de 3 à 5% du quota des effectifs réservé aux jeunes en alternance dans les entreprises de plus de 250 salariés, couplée à une hausse de la pénalité en cas de non-respect.

Le plan Banlieue à la peine

Et pour les jeunes des ZUS, dont le taux de chômage est deux fois plus élevé que les autres? Les résultats du plan banlieue sont loin du compte. Le dernier bilan du comité interministériel à la ville fait état de 3.000 «contrats d'autonomie» signés en janvier 2009, alors que l'objectif était d'en conclure 4.500. En décembre, Nicolas Sarkozy avait publiquement reproché à Fadela Amara d'être «trop discrète», une critique relayée depuis par Yazid Sabeg, qui nie être en concurrence avec la secrétaire d'État.

Dans le plan qu'il attend de remettre au président de la République, le commissaire à la diversité évoque, de son côté, «un élargissement de la pratique du CV anonyme» mais «sans coercition», des initiatives destinées à ouvrir le recrutement des grandes écoles et des outils de mesure de la diversité.

Reste un problème de fond. Le débat sur les statistiques ethniques divise tant, à droite comme à gauche, mais aussi les associations et les chercheurs, qu'il est peu probable qu'une politique d'«action positive», qu'elle soit fondée sur le territoire, l'origine sociale, voire la couleur de la peau, soit mise en œuvre à temps pour empêcher l'aggravation de la situation.

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