MAM : Petits arrangements avec les chiffres de la délinquance.

Publié le par Désirs d'Avenir Castelnau-de-Médoc

Délinquance : MAM, victime des chiffres
DESINTOX - «Nous avons un niveau de délinquance qui n’a jamais été aussi bas. En un an, nous avons eu 100 000 victimes d’actes de délinquance de moins» affirme Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur. Doublement faux.

INTOX

Réagissant aux tirs de plombs dont ont été victimes une dizaine de policiers aux Mureaux (Yvelines) le 14 mars, la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie a évoqué, le 17 mars sur Europe 1, une inflation de la violence des bandes, non sans s’être auparavant félicitée de la baisse globale de la délinquance en France. «Nous avons un niveau de délinquance qui n’a jamais été aussi bas. Et ce n’est pas que des statistiques. Cela veut dire très concrètement que nous avons eu, entre février 2008 et février 2009, 100 000 victimes d’actes de délinquance de moins qu’entre février 2007 et février 2008. Ça, c’est une réalité

 

DÉSINTOX

Une phrase… et deux intox. Si le niveau de la délinquance constaté en 2008 baisse effectivement (- 0,86 % par rapport à 2007), il est faux de dire qu’il atteint le plus bas niveau jamais enregistré. Il suffit de se référer aux publications du ministère pour s'en assurer (lire le rapport 2007 sur la délinquance en France, l'évolution des chiffres se situe p.22).Les chiffres de la délinquance 2008 (3 558 329 faits de délinquance), sont «seulement» les plus bas depuis onze ans. Ces statistiques - qu’il convient de prendre avec des pincettes, puisqu’elles sont fonction du zèle des services et des consignes de leur hiérarchie - étaient inférieures en 1997 et dans les années 80. La baisse de 2008 traduit par ailleurs des évolutions contrastées : baisse de 5 % des atteintes aux biens, mais hausse de 2,4 % des violences aux personnes, et de plus de 15 % des vols à main armée.

L’autre erreur d’Alliot-Marie, que nous avions déjà relevé dans cette même rubrique (ici), consiste à chiffrer en nombre de victimes l’évolution de la délinquance. A quoi correspondent ces 100 000 victimes de moins en une année qu’elle évoque ? En février dernier, on les trouvait déjà dans une interview accordée à France Soir : «Les victimes sont au cœur de mon combat pour la sécurité des Français. Dans les chiffres de la délinquance de proximité de l’an dernier, celui dont je suis la plus fière, c’est le nombre de victimes potentielles épargnées :103 000 !»

MAM procède par amalgame. Le chiffre de 103 000 évoqué correspond à la baisse du nombre de faits de «délinquance de proximité» constatés entre 2007 et 2008. Cette traduction en nombre de victimes vise à frapper l’opinion en «donnant de la chair» aux chiffres. Pourtant, il est bien peu rigoureux d’établir cette équivalence stricte : certains faits de délinquance peuvent léser plusieurs victimes, d’autres n’en lèsent aucune en particulier, tandis ce que certains lèsent des personnes morales.

Dans l’agrégat que compose la délinquance de proximité (1), on retrouve aussi bien les vols de voiture, que les cambriolages de locaux industriels ou encore les dégradations de biens publics. Pour aller au plus absurde, parmi les «victimes» évoquées par MAM figurent ainsi du mobilier urbain fracassé.

Nicolas Sarkozy, deux fois passé place Beauvau, s’était fait le spécialiste de cette confusion systématique des crimes et délits et des victimes. En janvier 2003, il déclarait ainsi à propos des chiffres de la délinquance : «En une année, plus de 4 millions de faits constatés, ce sont plus de 4 millions de victimes dont beaucoup ne verront plus l’avenir avec autant de joie et d’insouciance qu’auparavant.» Un décompte des victimes trompeur, voire cocasse. Car Sarkozy parlait de la totalité des faits de délinquance constatés, un ensemble encore bien plus touffu et disparate que la «délinquance de proximité» citée par Alliot-Marie. On y trouve les infractions aux conditions de séjours des étrangers, l’usage de stupéfiants, la fausse monnaie, les vols à l’étalage, les délits de courses et jeux, ou encore les délits de chasse et de pêche, etc...

(1) La délinquance de proximité recoupe : vols à main armée avec armes à feu, vols avec violence, cambriolages, vols à la tire, vols d’automobile et de véhicules de transport avec fret, vols à la roulotte et vols d’accessoires, vols de véhicules motorisés à deux roues, destruction et dégradations sauf incendies et attentats. A noter que l’observatoire national de la délinquance, créé en 2003, n’utilise pas cet indicateur, jugeant qu’il «ne reflète plus la réalité de la délinquance la plus visible subie par la population. Il ne permet pas non plus d’analyser les évolutions des nouveaux phénomènes délictueux.»

Source : http://www.liberation.fr

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article