Discours de S. Royal lors de la conférence sur "l'avenir des gauches en Europe", à Athènes 2/2

Publié le par Désirs d'Avenir Castelnau-de-Médoc

Mais le constat est là. Au fil de la décennie qui vient de s’écouler, nous avons assisté à l’impitoyable progression de cette droite décomplexée qui séduit en flattant ce qu’il y a de plus négatif dans la nature humaine :

  • l’individualisme là où nous, nous pensons qu’il ne peut y avoir concorde civile que dans la cohésion sociale.
  • l’avidité : boulimie d’argent , de bénéfices, de stock options, d’acquisitions, de pouvoir , de retraites chapeaux, de parachutes dorés : là ou nous, nous pensons que le progrès social passe par le soutien aux entreprises mais aussi par une redistribution plus juste.
  • la brutalité : le plus fort écrase le plus faible, là où nous, nous pensons qu’il faut avant tout rendre leur dignité humaine à ceux qui se sentent humiliés.
  • l’imposture : faire croire aux pauvres qu’ils peuvent devenir riches et aux classes moyennes qu’elles peuvent progresser alors que jamais le descenseur social n’a été aussi cruel.

Ce fut en France « le travailler plus pour gagner plus » auquel certains ont cru . Chaque jour, à Gandrange sur le site d’Arcelor Mittal ou à Clairoix chez les Continental, et bien d’autres endroits, les salariés peuvent mesurer la portée des promesses de campagne.

Là où nous pensons, nous, qu’il existe des moyens de contraindre les patrons voyous à travers l’Europe parce que la priorité, c’est la sauvegarde des emplois et la mise en place de parcours professionnels sécurisés , car nous pensons qu’il n’y a pas progrès social sans instauration d’un véritable dialogue social . Nos amis d’Europe du Nord nous ont montré depuis longtemps le chemin.

  • le populisme : diviser , dresser certaines catégories les unes contre les autres , menacer, puis flatter. Là où nous, socialistes, pensons que le respect de chacun, du citoyen au parlementaire d’opposition, du journaliste critique au salarié ou à l’étudiant en grève est une condition des réformes efficaces et rapides.
  • la démagogie : vider les mots de leur sens tout en préservant les privilèges fiscaux et clientélistes pour leurs amis. Là où nous socialistes pensons que les citoyens éclairés ont droit à un langage de vérité.

Les voilà les valeurs de cette droite décomplexée dite « moderne » : individualisme, avidité, brutalité, imposture , populisme et démagogie.

A ce cynisme libéral, nous devons opposer la réconciliation sociale.

La tâche est difficile, mais parce que nos idées sont plus grandes que nous et que nous les servons, nous aurons la force de réussir.

La réconciliation sociale est un vaste chantier. Je voudrais en donner quelques exemples :

  • réconcilier le citoyen avec cette Europe qui semble si lointaine. Une Europe qui ne doit plus être étrangère à la souffrance de ses ouvriers, licenciés dans le flot des délocalisations, de ses cadres moyens, qui se demandent s’ils vont eux aussi préserver leur emploi, de cette jeunesse , frappée plus que tout autre catégorie par le chômage et par un mal plus pernicieux encore : l’impossibilité à imaginer le futur, « Je n’ai pas peur de l’avenir, j’ai peur de ne pas en avoir », me disait un jour un jeune que je n’oublierai jamais.
  • réconcilier le citoyen avec les valeurs de progrès et d’humanisme de la gauche, c’est établir à l’échelle européenne la démocratie participative, l’implication dans la vie souvent perçue comme éclatée de cette Union à 27.

Redonnons tout simplement aux citoyens européens de nos pays respectif le droit de prendre en main leur destin.

  • Il faut aussi réconcilier la gauche avec la radicalité qui se développe partout en Europe.
    Oui je crois qu’il faut se battre, donner de la voix, mener le rapport de force jusqu’au bout lorsqu’une situation est parfaitement injuste et qu’elle résulte d’un cynisme absolu de quelques prédateurs financiers.

En revanche, je crois qu’il faut tenir l’autre bout de la chaîne par une gouvernance qui garantisse des réformes justes : faire la réforme fiscale, développer l’emploi public, investir massivement dans la formation et le développement social, soutenir puissamment la croissance verte, aider les entreprises innovantes à se développer, réformer le dialogue social.

Parce que nous sommes de gauche, nous avons aussi le devoir d’agir puissamment en faveur des jeunes, qui sont particulièrement frappés par le chômage en Europe ; cette jeunesse en colère qui, ici en Grèce, a manifesté avec tant de force son angoisse de demain.



C’est à nous, socialistes européens, de mener ce grand plan de lutte contre le chômage des jeunes, véritable fléau qui frappe les 27 pays de l’Union.

  • Réconcilier enfin de l’Europe avec le monde.

Qui peut définir aujourd’hui clairement le rôle de l’Europe dans les grands conflits ou les grands enjeux de notre temps ? Quel rôle au Proche-Orient, en Irak, en Afghanistan ?Quel impact en Asie ? Quel lien avec la Chine ? Avec le Japon ? Quel rôle en Amérique Latine ou en Afrique ?

L’Europe dont rêvait Victor Hugo, ces « Etats Unis d’Europe » qu’il évoqua pour la première fois le 21 août 1849, lors du Congrès International pour la Paix à Paris, ces Etats Unis d’Europe, faits de Fraternité, comme il le dit avec tant de force… ce rêve avance si lentement et l’Europe semble aujourd’hui politiquement disloquée. A l’intérieur de son espace géographique, entre ses peuples et dans son lien au monde.
Nous devons reprendre inlassablement l’ouvrage, avec courage, en nous remettant debout chaque fois que nous trébuchons, en gardant le cap.

Mes chers amis, mes chers camarades,

Je voudrais conclure en vous confiant ma conviction profonde, en tant que femme française, socialiste, européenne et citoyenne du monde. Je souhaite profondément que vive cette Europe sociale et humaniste.

Non, ne nous résignons pas à voir triompher, année après années, en Europe les forces les plus conservatrices qui divisent là où nous devons unir.

Non, ne nous résignons pas à l’avidité des plus fort là ou nous devons protéger les plus vulnérables.

Non, ne nous résignons pas aux préjugés et aux idées reçues là ou nous devons inventer et briser les dogmes dépassés.

Non, ne nous résignons pas au repli identitaire là où nous devons regarder au-delà de la ligne d’horizon.

Oui, c’est notre mission historique, à nous socialistes européens, de retrouver notre unité, notre combativité, notre efficacité pour faire triompher ce social-humanisme du 21 ième siècle.

A nous de descendre de notre piédestal programmatique, de nos certitudes et d’un certain contentement de nous-mêmes. C’est parce que nous serons lucides sur nous-mêmes (« connais-toi toi-même » nous enseigne la philosophie grecque), oui lucides nous sommes plus forts.

Nous avons une bannière magnifique : l’Internationale Socialiste, et George PAPANDREOU vient de nous le prouver une fois de plus si brillamment et je rends hommage au travail exceptionnel qu’il accomplit.

A nous d’utiliser cette devise qui porte en elle toutes les valeurs dont le nouveau siècle à besoin, devise de l’Internationale socialiste : « Le courage de faire la différence ! »
C’est quoi faire la différence ?

C’est que l’esprit de paix l’emporte sur les conflits et les souffrances, que la justice sociale l’emporte sur l’injustice libérale, que la culture l’emporte sur l’obscurité, que le respect l’emporte sur le racisme ordinaire , que la générosité de la vie l’emporte sur la brutalité qui humilie, que la cohésion l’emporte sur la division, que la fraternité l’emporte sur toutes les formes d’avarice.

Remportons la victoire sur nous-mêmes, surmontons nos différences et engageons-nous pour cette Europe réconciliée avec son temps et surtout ses peuples.

Vous me permettrez enfin d’évoquer la figure d’Athéna, protectrice d’Athènes. Guerrière et sage, soutien des artistes et des maîtres d’école et qui, dans son combat contre Poséidon fit jaillir un olivier pour nourrir Athènes là où Poséidon sort des flots un cheval pour faire la guerre. Le roi décida que l’olivier était plus utile au bonheur de la cité.

Aujourd’hui encore cette histoire nous dit que combattre avec courage et protéger avec sagesse nous donnera la force de relever tous ces défis du progrès humain dans le nouveau siècle qui s’avance.

Alors faisons-le. Faisons-le n’est-ce pas ?

Nous sommes là, et bien là, pour le réussir !

Je vous remercie.

Ségolène Royal

 

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Publié dans Ségolène Royal

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