La violence scolaire ou quand la démagogie de Xavier Darcos rejoint celle de son maître Sarkozy.
PAR Daniel Simon
Devant le congrès d'une fédération de parents d'élèves, le 21 mai, Xavier Darcos a évoqué le drame de Fenouillet (Haute-Garonne), où une enseignante a été poignardée en plein collège le 15 mai. Il en a profité pour annoncer une politique de prévention et de répression de la violence, une vraie celle-là.
Vous allez voir ce que vous allez voir !
Comme Sarkozy, légiférons !
«Je veux que nous fassions en sorte de dissuader les candidats à la violence en donnant aux personnels des établissements les moyens juridiques et matériels d'agir. Les personnels doivent avoir le droit de faire ouvrir le cartable ou de fouiller l'élève qu'ils suspectent de vouloir introduire des armes.» (Darcos)
On connaît la musique :
- on annonce qu'on va faire une loi qui «surfera» sur l'émotion du moment, aussi justifiée soit-elle
- ensuite, dans le meilleur des cas, on fait ladite loi.
- enfin on attend d'hypothétiques décrets d'application.
Beaucoup de lois annoncées par Sarkozy, votées par le parlement, ont subi ce sort...
Une force mobile d'agents d'intervention...
«Et puis, puisqu'il faut des moyens, mais des moyens bien utilisés, je veux mettre en débat la possibilité de créer, auprès des recteurs, d'une force mobile d'agents qui pourront intervenir dans les établissements sur des missions de prévention et de contrôle.» (Darcos)
On ne nous l'avait pas encore faite celle-là...
Le recteur, doté de pouvoirs de police, à la tête de son équipe mobile, enverrait ici ou là (et si, par hasard, c'était simultanément ici et là) des «personnes formées et assermentées, susceptibles de se rendre dans les établissements rapidement, pouvant constater des délits, confisquer des armes, opérer des fouilles si nécessaire».
Elles auraient les «moyens juridiques et matériels d'agir», avec notamment «le droit de faire ouvrir le cartable ou de fouiller l'élève qu'ils suspectent de vouloir introduire des armes».
On sait très bien que cette «force de police spécialisée» n'empêcherait évidement pas les violences graves dont on connaît le caractère spontané.
Demander aux enseignants et aux chefs d'établissement de se comporter en shérifs risquerait plus d'encourager la compétition violente à leurs dépens qu'à calmer le jeu ? On connaît l'effet de surenchère dans les phénomènes de violence entre «bandes»...
La seule question qui vaille : et si on rétablissait les moyens humains que Sarkozy-Fillon ont été si prompts à supprimer ?
Et l'installation de portiques ?
L'installation de portiques pour filtrer les élèves semble davantage être là pour faire porter la responsabilité des incidents par les collectivités locales que pour apporter une réponse sérieuse.
Il est impossible de faire passer des centaines d'élèves rapidement sous un détecteur à moins de vouloir supprimer quelques cours...
L'exemple du lycée de Gagny où a eu lieu une intrusion montre qu'un établissement peut être correctement sécurisé (sas, caméras vidéo) sans pouvoir empêcher des intrusions au moment où des centaines d'élèves entrent.
La responsabilisation des parents, du déjà vu... mais totalement inefficace
«Mais dissuader les candidats à la violence, c'est aussi responsabiliser leurs parents et les impliquer plus étroitement dans la prévention des comportements à risque. Certains parents le font avec beaucoup de courage, y compris auprès d'adolescents très difficiles. D'autres ont totalement démissionné. Je crois qu'il faut rappeler ces derniers à leur devoir de parent en leur infligeant, si nécessaire, des sanctions financières concrètes, rapides et proportionnées à la faute». (Darcos)
En France, les Inspections académiques sont chargées de mener - et ça ne date pas d'hier - ces actions, mais qui demeurent, dans le cas du traitement de la grande difficulté, sans effet.
On sait qu'en Angleterre les parents sont passibles d'amende et de prison en cas d'absentéisme de leur enfant. Malgré la multiplication de ces peines, le taux d'absentéisme ne cesse de progresser.
Pire, elle dénote une méconnaissance de ce qu'est la violence scolaire.
Tout au souci d'apporter une réponse médiatique à un fait divers médiatique, le ministre tourne le dos à ce qu'est réellement la violence scolaire.
Pour être choquants et inadmissibles, ces cas sont heureusement rarissimes.
La violence scolaire au quotidien, ce sont aussi les perturbations des cours, ou, tout aussi grave, la passivité face à la matière scolaire, faute de motivation et de perspectives.
C'est aussi le harcèlement qu'exercent certains élèves sur d'autres élèves.
Ce harcèlement est un facteur important de décrochage scolaire et de perte de niveau et décourage les élèves qui en sont victimes.
A M. Darcos, on ne peut que conseiller la lecture de deux excellentes publications de son ministère : la circulaire n° 2006-125 du 16 août 2006 sur la prévention et la lutte contre la violence en milieu scolaire, et le guide pratique «Réagir face aux violences», destiné aux enseignants et aux équipes éducatives, diffusé dans tous les établissements scolaires.
Mais les moyens humains en encadrement éducatif sont en nette diminution et ces deux textes, qui expliquent tout cela avec beaucoup de précision, resteront lettre morte...
Pourtant des solutions existent.
Eric Debarbieux, qui mène avec la mairie de Paris une expérience originale, estime qu'il y a des facteurs propres aux établissements dans leur organisation matérielle.
La baisse du nombre de surveillants, des recoins mal contrôlés sont par exemple des facteurs de violence.
Il y a surtout des causes à chercher au cœur même du fonctionnement de nos établissements.
C'est la solitude des enseignants et l'anonymat des élèves qui favorisent le harcèlement qui reste de très loin la plus importante violence scolaire.
C'est la qualité des relations avec l'environnement de l'établissement qui est aussi en jeu.
Enfin la violence scolaire explose à la rencontre entre l'état de notre école et celle de notre société.
Alors Monsieur Darcos, pendant que vous y êtes, à quand un mur autour des quartiers sensibles ?
SOURCE : http://coeur-a-gauche.over-blog.com