Quand Guaino tonne contre les emprunts …euh les sondages «stupides»
Henri Guaino, c’est monsieur « deux-poids-deux-mesures ». Au micro de France Inter, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy a passé de très longues minutes à expliquer que l’emprunt national ce n’était pas son bébé, qu’il y aurait concertation et qu’il trouvait ça « très bien » que « le débat [soit] lancé ».
Mais lorsque Pierre Weill (le remplaçant de Nicolas Demorand) finit par l’interroger sur les sondages parus récemment dans Le JDD et Le Figaro et qui laissent entrevoir le scepticisme des Français à l’égard de cet emprunt, voilà qu’il en fait une affaire très personnelle ! « On est dans une société qui marche sur la tête, s'indigne-t-il, Quel sens cela a-t-il de faire de tels sondages ? Ça ne m’intéresse pas. C’est tellement bête ce genre de sondages, tellement bête. Vous demandez aux gens s’ils sont prêts à souscrire à un emprunt dont on ne connaît ni le montant ni les modalités. Mais c’est parfaitement stupide, parfaitement stupide. A quoi ça sert ? Maintenant, si vous voulez mon commentaire sur ce sondage, je ne peux pas vous répondre ce matin : on est à cinq ou six mois du lancement de l’emprunt. Ce serait encore plus idiot que de faire ce genre d’emprunt, heu ce genre de sondages pardon ! »
Et d’ajouter dans la foulée de ce délicieux lapsus : « S’il y avait vraiment 17% de Français qui allaient souscrire à cet emprunt, ça serait le plus grand succès de tous les emprunts nationaux qui auraient été lancés depuis 100 ans. (…) Tout ça est idiot. Ce genre de sondages, oui, est idiot. Tous les chiffres auxquels on fait dire n’importe quoi sont idiots ! »
France Inter - Henri Guaino
par franceinter
Voilà qui a le mérite d’être clair. En tout cas, ça l’est beaucoup plus que les contours de ce fameux emprunt : « C’est de la responsabilité de l’exécutif de préciser les modalités de cet emprunt » lâche Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion et stratégie à l’Ifop, qui prend soin de se « rattraper » aussitôt. Il ne s’agirait quand même pas de se fâcher avec l’Elysée : « Ce sondage n’est pas une étude de marché et n’a pas valeur d’étalonnage. On considère simplement qu’il est déterminant de savoir si, dans le principe, les Français sont intéressés par ce genre de démarche que constitue l’emprunt national. D’autres hommes politiques ont fait des sorties récemment sur les sondages. Ça fait partie du jeu politique et l'on en prend bonne note… »
Du côté du JDD, c’est Claude Askolovitch qui se charge de répliquer. Et sa réponse est très soigneusement « ciselée » : « Henri Guaino a le droit d’avoir son opinion sur les sondages que nous sommes libres de commander et de publier, explique-t-il sur le ton de la dictée, Nous avons pensé qu’il serait intéressant d’apporter au débat public la première réaction des Français face à l’idée d’un grand emprunt lancé par le président. Au jour d’aujourd’hui, 17% des Français seulement seraient pour, éventuellement, souscrire à cet emprunt. C’est une réalité qui s’impose à nous comme à Henri Guaino… »
Vicieux le bonhomme ! En tout cas, beaucoup plus que le sondeur d'OpinionWay, Bruno Jeanbart, directeur des études politiques, qui confie en effet ne pas penser « grand-chose » des saillies verbales d’Henri Guaino : « On est habitué aux critiques des politiques ». Mais reconnaît-il pour autant que l’enquête d’opinion fournie au Figaro n’a pas vraiment de sens étant donné qu’on ne connaît rien de ce futur emprunt ? Oui et non. Notre homme explique qu’il s’agissait simplement d’une « mesure de principe » mais que, malgré tout, elle « confirme » rien de moins que « l’inquiétude des Français à l’égard de la dette » ! D’ailleurs le responsable d’OpinionWay se dit déjà prêt à « remesurer » l'avis des Français vis-à-vis de cette mesure : « Le débat n’est pas fini ». Ce qui est sûr, c'est que, pour l'heure, et du côté de l'Elysée, et du côté des sondeurs, il ne vole pas très haut...
Source : http://www.marianne2.fr