La presse anglaise déballe ses verités sur Kouchner
Quelques mois après sa sortie en France, la très sérieuse «London Review of Books» s'est penchée sur le livre de Pierre Péan consacré à Bernard Kouchner (1). Et présente notre ministre des Affaires Etrangères comme un homme aux «indignations sélectives», «égotiste et militariste», n'hésitant pas à passer alliance avec les régimes les plus corrompus.
C'est ce que résume Olivier Postel-Vinay, dans un article à paraître le 24 septembre prochain dans le numéro 9 du magazine «Books». Le voici
Dans un article fouillé et nuancé, le journaliste et essayiste américain Christopher Caldwell est revenu dans la London Review of Books sur le scandale créé par le livre de Pierre Péan sur Bernard Kouchner. Il s'étonne que le gros du débat ait porté sur les allégations de corruption portées à l'encontre de l'actuel ministre des Affaires étrangères, alors que l'ouvrage pose en profondeur (bien qu'avec partialité) la question fondamentale de la légitimité du droit d'ingérence pour motif humanitaire.
Les relations douteuses que Kouchner a entretenues avec le groupe Total en Birmanie ainsi qu'avec les autorités gabonaises ne font guère de doute, mais après tout, souligne Caldwell, elles ne dérogent pas vraiment à une tradition française bien établie de compromission des personnalités publiques.
Beaucoup plus stimulante est l'analyse que fait Péan de l'itinéraire idéologique de sa bête noire. La carrière humanitaire de Kouchner a commencé, on le sait, avec son départ pour le Biafra dans le cadre d'une mission de la Croix-Rouge. C'est là qu'il se départit de l'obligation de neutralité politique à laquelle se tient cette institution, pour finalement fonder ce que l'essayiste Paul Berman a appelé «une Croix-Rouge plus politique». Péan, relève Caldwell, omet de rappeler que la question de la neutralité de la Croix-Rouge était pour Kouchner une préoccupation quasiment familiale : ses grands-parents paternels sont morts à Auschwitz et l'intéressé a écrit son indignation que la Croix-Rouge ait gardé le silence sur les camps de concentration. Sa mère, nous précise Wikipédia, était également une infirmière bénévole pour la Croix-Rouge.
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