Ce que disait Ségolène Royal sur les retraites à Nicolas Demorand
Retrouvez une partie du verbatim de l'interview donnée par Ségolène Royal sur les retraites à Nicolas Demorand dans le cadre de l'emission C Politique sur France 5 le Dimanche 30 Mai dernier
Christophe
Nicolas DEMORAND
Les retraites, on y vient sur le fond, donc dans quelques instants. Juste un mot de mobilisation au cours de cette manifestation, jeudi dernier, 400 000 selon la police, 1 million selon les organisateurs, vous pensez que les Français sont d’ores et déjà résignés à cette réforme ?
Ségolène ROYAL
En tout cas, moi, je les appelle à être, ni résignés, ni fatalistes. Il y a une organisation de la résignation, il y a un matraquage de communication sur l’ampleur des déficits, sur la difficulté des choses, sur le fait que d’autres pays, qui pourtant n’ont pas notre système de retraite, par répartition allonger la durée de cotisation. Donc il y a eu un tel matraquage sur les Français, qu’à un moment, ils se disent, peut-être faut-il sauver l’essentiel, et finalement être fataliste et accepter l’inacceptable. Moi, je dis aux Français qu’il y a d’autres solutions, qu’ils ne doivent pas être fatalistes, je sais aussi, qu’aujourd’hui, c’est difficile, de se mobiliser, d’aller manifester, de perdre un jour de salaire, beaucoup de salariés ne peuvent plus se permettre de perdre un jour de salaire pour aller manifester. En revanche, lorsque l’on regarde les enquêtes d’opinion, on voit qu’ils sont massivement attachés à la protection des acquis sociaux, qu’ils sentent confusément, je dis confusément, parce que on ne leur donne pas les clés pour comprendre les choses, volontairement, et c’est pourquoi, moi, je souhaite qu’ils soient consultés, qu’ils soient sollicités, le pouvoir en place a l’obligation d’expliquer les choses. Ils sentent donc, confusément, qu’il y a une injustice et voit d’un côté des profits bancaires démesurés, et ils voient de l’autre que ce sont toujours les mêmes qui paient. Moi, je dis qu’il faut prendre l’argent là où il est, il y en a et qu’il faut s’en prendre tout de suite au problème les plus urgents et non pas aux questions qui vont se poser dans 10 ou 20 ans. Même si nous avons le devoir de préparer l’avenir.
Nicolas DEMORAND
Donc on entend, qu’il n’y a pas d’urgence en tout cas, pour vous, sur le sujet des retraites. On y revient…
Ségolène ROYAL
Ce n’est pas ce que j’ai dit.
Nicolas DEMORAND
Oui, enfin, il y a d’autres sujets encore plus urgents…
Ségolène ROYAL
Il y a d’autres solutions.
Nicolas DEMORAND
Ah bon ! Il y a d’autres solutions. Alors deuxième sujet, c’était Nicolas SARKOZY, on l’a vu en visite dans un établissement scolaire, pour réannoncer un certain nombre de mesures de lutte contre l’absentéisme. Notamment cette fameuse mesure, qui consiste à priver les familles d’enfants absentéistes en dernière instance d’allocations familiales. C’est une bonne mesure, une fois que tout le reste a échoué, Ségolène ROYAL ?
Ségolène ROYAL
Je pense que nous sommes surtout fatigués de ces annonces, à répétition qui ne sont pas suivis des faits, ou de toute façon qui sont décalés, par rapport à la réalité. Je ne rappellerai pas le nombre d’emplois d’enseignants qui ont été supprimés, mais je crois que l’investissement dans les familles, l’investissement dans l’école, l’encadrement des jeunes à l’école, méritent, je pense, autre chose en terme de politique éducative globale, qu’une menace sur les allocations familiales qui est un vieux dogme de la droite, qu’elle n’a d’ailleurs jamais réussi, à mettre en place, parce qu’on sait bien que c’est totalement absurde et inapplicable.
Nicolas DEMORAND
C’est une mauvaise mesure ?
Ségolène ROYAL
Ecoutez, vous n’allez pas dans une famille priver les jeunes enfants de manger, parce que c’est bien à cela que servent les allocations familiales, parce que le garçon aîné ou la fille aînée est absente à l’école. Vous devez lutter contre l’absentéisme scolaire, en remettant les parents devant leurs responsabilités, en permettant aussi, aux enseignants d’intervenir de façon plus précoce auprès des élèves. En créant, des internats de proximité, par exemple, du tutorat aussi, qui vont faire comprendre aux jeunes le sens de l’effort scolaire, la récompense aussi, de cet effort scolaire. C'est-à-dire que quand les jeunes, ont fait cet effort scolaire, qu’ils ont des diplômes et qu’ils se retrouvent au chômage, quand les grands frères et les grandes sœurs subissent cela, quel est le sens de l’école pour les plus jeunes ? Donc il faut impérativement prendre à bras-le-corps la question du chômage des jeunes, et d’ailleurs cette question n’est pas sans lien avec la question des retraites. Comment peut-on d’un côté imaginer, dire aux Français qu’il faut travailler plus longtemps, alors qu’aujourd’hui, l’urgence sociale, ce qui est explosif dans la France d’aujourd’hui, c’est le chômage des jeunes, voilà, la priorité à laquelle tout le monde devrait être attelé et en premier lieu le gouvernement qui est en place.
Nicolas DEMORAND
Et les banlieues, c’était l’un des autres sujets de ce rapide zapping politique. Un certain nombre de maires de gauche, comme de droite, en banlieue tirent à nouveau la sonnette d’alarme, en disant : est-ce qu’il faudra attendre encore des émeutes pour que le gouvernement regarde vers nous ? Le fameux Plan Marshall qui avait été promis par Nicolas SARKOZY n’est pas…
Ségolène ROYAL
Où est-il ?
Nicolas DEMORAND
…arrivé.
Ségolène ROYAL
Rien n’est arrivé, monsieur DEMORAND. Rien n’est arrivé, en 3 ans, rien. Il n’y a aujourd’hui que de la communication, et cela nous en sommes fatigués, nous en sommes fatigués, et même de plus en plus, en colère, parce que la situation ne permet pas, ne doit pas permettre à un pouvoir qui a eu la légitimité démocratique de ne rien faire, et de ne faire que de la communication. On en a assez, des visites du président de la République dans les écoles, dans les quartiers, alors que rien ne bouge, rien ne change, il est même venu, figurez-vous à propos de la tempête, Xynthia, il est venu trois fois pendant la campagne électorale régionale en Poitou-Charentes, il a promis 3 millions d’euros, il n’y a pas toujours le premier euro, qui est arrivé sur le territoire.
Nicolas DEMORAND
L’argent n’est pas, l’argent promis n’est pas arrivé ?
Ségolène ROYAL
Toujours pas, toujours pas ! Mais c’est la même chose pour l’école. C’est la même chose pour les banlieues. Comment se fait-il, aujourd’hui, vous le dites à l’instant que 40 maires de banlieue, droite et gauche, sont obligés, là, j’ai leurs lettres ici, de tirer la sonnette d’alarme sur ce qui se passe ou plutôt sur ce qui ne se passe pas, dans les quartiers. On leur avait promis un Plan Marshall, où est-il ce Plan Marshall ? Voici cette lettre à ceux qui ignorent les banlieues. « Faudra-t-il de nouvelles émeutes ? L’enclavement, le chômage, l’échec scolaire, le mal logement… »
Nicolas DEMORAND
C’est le texte des maires là.
Ségolène ROYAL
C’est le texte des maires, ils demandent simplement que l’Etat prenne ses responsabilités, par rapport à la mise en place d’une solidarité nationale, entre les territoires et entre les….
Nicolas DEMORAND
C’est explosif ? C’est…
Ségolène ROYAL
C’est trop demandé ça !
Nicolas DEMORAND
C’est explosif, cette situation ou pas ? Vous craignez que ça puisse, comme certains maires semblent le dire, s’embraser à nouveau ?
Ségolène ROYAL
Mais bien sûr que c’est explosif, mais interrogez tous les maires, mais là, toutes tendances politiques confondues, au contact de ce qu’ils vivent. Et aujourd’hui, la seule annonce que fait le gouvernement, c’est de demander aux salariés de 60 ans, notamment ceux qui sont déjà fatigués, qui cotisent depuis plus de 40 ans, qui attendent leurs retraites de travailler encore plus longtemps ! Alors que deux salariés de plus de 55 ans sur trois, déjà sont au chômage. Et que le chômage des jeunes atteint 35 % dans certains quartiers ? Et qu’il a encore augmenté ! Mais bien sûr que c’est explosif ! Pourquoi c’est explosif ? Parce que les Français n’en peuvent plus de ce déclassement. Les parents qui voient, qui se sont saignés aux 4 veines, pour payer des études à leurs enfants, pour leur apprendre, je le disais tout à l’heure, le sens de l’effort scolaire, et aujourd’hui, ces jeunes qui ne trouvent pas d’emploi, qui ne sont pas accueillis dans la société, même un travail d’intérêt général, même un service civique, rien ! Ils sont comme ça laissés à l’abandon par une société qui a pourtant besoin de cette énergie. Est-ce qu’il y a d’autres façons de faire ? Oui. Il y a d’autres façons de faire. Bien sûr ! Qu’il y a d’autres façons de faire, et notamment il aurait fallu engager la France, tout de suite dans la mutation écologique que j’évoquais tout à l’heure, ce sont des quartiers entiers qui aujourd’hui pourraient bénéficier de travaux d’isolation, d’énergie solaire, d’énergie renouvelable, de reconquête des paysages, partout sur le territoire national, nous pourrions avoir cette mutation écologique productrice d’emploi et de nouveaux métiers pour les jeunes.
Nicolas DEMORAND
Alors Ségolène ROYAL, sur ce dossier des retraites, vous souhaitez donc l’organisation d’un référendum pour quelle raison ? Et pour poser quelle question ?
Ségolène ROYAL
Pour trois raisons. D’abord j’ai ouvert sur le mon site Désir d’Avenir, une consultation populaire sur les retraites. Et ce que je voudrais vous dire, par rapport à toutes les remontées que je lis, c’est que les Français ne sont pas hostiles à une réforme. Ils veulent la comprendre, ils ont bien vu, qu’il y avait un problème de financement, mais ils ont vu aussi, que d’un autre côté, les grandes fortunes n’étaient toujours pas touchées. Ils savent maintenant qu’il y a un besoin de financement de 30 milliards d’euros d’un côté pour les retraites et de l’autre côté, que le bouclier fiscal c’est 15 milliards et que les niches fiscales c’est 75 milliards. Donc ils ont profondément en ressentiment, le fait que les efforts ne sont pas équitablement répartis. Donc les trois saisons pour lesquelles, il faut en effet, les consulter, sur cette question-là, c’est qu’ils veulent une réforme efficace. Est-ce qu’aujourd’hui, la réforme est efficace ? Non ! Elle aggrave même la situation, nous l’avons vu tout à l’heure. Demander aux personnes de 60 ans, de travailler plus longtemps, ça va aggraver le chômage des jeunes, donc au bout du compte, il n’y aura pas d’entrée de cotisations supplémentaires, dans les caisses de retraites. Donc réfléchir à cette question-là, beaucoup plus profondément que ça n’a été fait. Est-ce que c’est une réforme juste ? Non, ce n’est pas une réforme juste, pourquoi ? Parce que le capital, les revenus du capital, ne sont pas mis à contribution…
Nicolas DEMORAND
Ils vont l’être, le gouvernement l’a dit ?
Ségolène ROYAL
Encore une annonce, eh bien, si le gouvernement a vraiment…
Nicolas DEMORAND
600 millions a-t-on pu lire dans la presse.
Ségolène ROYAL
Alors si le gouvernement a fait vraiment l’intention de faire contribuer le capital, au même titre que le facteur travail, ce qui est essentiel, ce qui est la condition même, de l’équilibre du financement d’un acquis social, qui est la solidarité entre les générations, qu’il dise comment ? Quand ? Avant de remettre en cause la retraite à 60 ans. Et enfin, le plus important, est-ce que c’est une réforme légitime ? C’est important dans une démocratie, de se demander si le chef de l’Etat a la légitimité, à lui, tout seul, avec sa majorité parlementaire de revenir historiquement en arrière sur un sujet aussi important ce que celui-ci. Alors si vous le permettez, je vais rappeler ce qu’a dit Nicolas SARKOZY, dans la campagne, il y aura 3 étapes, très rapides. Pendant la campagne présidentiel, je lis le programme de Nicolas SARKOZY en 2007, il dit ceci : « Le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer. » Il répète cette affirmation le 2 mai 2007, sur une radio, RTL, en réponse à Laurence PARISOT, il dit : Non, madame PARISOT, qui demandait un allongement de la durée de cotisation au-delà de 60 ans, il lui dit : non madame PARISOT, je ne le ferais pas.
Nicolas DEMORAND
Bon, il a changé d’avis.
Ségolène ROYAL
Il répète, attendez, il répète sur FRANCE INTER, en mai 2008, écoutez, ceci, parce que c’est ce qui débouche sur la nécessité de consulter les Français, et sur le problème de la légitimité du pouvoir, il dit ceci : Je vous dis que je ne le ferais pas, la remise en cause de la retraite à 60 ans, pour un certain nombres de raisons, et la première, c’est que je n’en ai pas parler pendant la campagne présidentielle, ce n’est pas un engagement que j’ai pris devant les Français, de remettre en cause la retraite à 60 ans. Je n’ai donc pas de mandat pour faire cela. Alors moi, je dis, aujourd’hui…
Nicolas DEMORAND
Donc vous dites, qu’il est illégitime Nicolas SARKOZY, aujourd’hui, pour mener un tel chantier ?
Ségolène ROYAL
Il l’a dit lui-même : je n’ai pas de mandat pour remettre en cause la retraite à 60 ans, puisqu’il a dit pendant cette campagne, qu’il maintiendrait la retraite à 60 ans.
Nicolas DEMORAND
Mais il faut pourtant bien la faire, cette réforme des retraites, Ségolène ROYAL ?
Ségolène ROYAL
Mais il faut faire une réforme, il faut faire une réforme globale, des financements et des prélèvements publics. Il faut lier la réforme des retraites et la réforme de la fiscalité, sinon on aurait une réforme, je viens de le démontrer inefficace et injuste. Alors moi, je propose…
Nicolas DEMORAND
Qu’est-ce que vous demandez aux Français, dans votre référendum, Ségolène ROYAL ? Etes-vous pour ou contre l’allongement de la durée de cotisations, le maintien de l’âge légal à 60 ans, quelle question en fait ?
Ségolène ROYAL
Alors d’abord, est-ce que c’est légitime de consulter les Français ?
Nicolas DEMORAND
Bah ! Vous avez dit non ?
Ségolène ROYAL
Non, de les consulter.
Nicolas DEMORAND
A de les consulter pardon.
Ségolène ROYAL
Comment se fait-il que dans les grandes démocraties aujourd’hui, on consulte le peuple et pas en France ? Barack OBAMA, a fait sa retraite de santé, qui était une retraite difficile, le congrès était vent debout, il a reçu beaucoup d’oppositions par rapport à cette réforme. Qu’a-t-il fait ? Il a consulté massivement les Américains qui par millions sont venus sur Internet, donner leur avis et c’est appuyé sur le peuple, appuyé aussi sur les élus qui lui étaient fidèles, qu’il a réussi à modifier le système de santé.
Nicolas DEMORAND
Mais alors sur les retraites, ça donnerait quoi ?
Ségolène ROYAL
Deuxième exemple, juste deuxième exemple, parce que ce sont des mutations institutionnelles très importantes, dont je vous parle ici, qui existent dans le reste du monde, et bien, elles doivent exister aussi en France. Peut-être qu’en 2007, on n’avait pas très bien compris ce que je disais par démocratie participative. J’avais sans doute un temps d’avance, mais quand aujourd’hui, je rencontre le président LULA au mois d’avril dernier au Brésil, et que je l’interroge sur la loi concernant la sécurité dans les quartiers et il y a beaucoup de problèmes d’insécurité au Brésil, et qu’il me dit ceci : même sur la sécurité, j’ai mis un point d’honneur à faire de la démocratie participative, il emploie ce mot, c'est-à-dire à consulter, les Brésiliens, dans les quartiers, dans les villes, dans les régions, dans les rues, dans les cités, ils sont venus par millions participer à l’émergence d’une politique de la sécurité, à l’échelle d’un continent comme le Brésil. Et nous, en France…
Nicolas DEMORAND
Alors revenons en France…
Ségolène ROYAL
Nous serions privés de la parole, qui nous permettraient de faire en sorte qu’une belle réforme des prélèvements fiscaux, des prélèvements sociaux et donc de notre système de protection sociale, de à comment on redistribue les choses ? Quel est le partage de la richesse ? Nous serions privés de cette parole ? Moi, je pense qu’il n’y a pas aujourd’hui de réforme durable, qui n’est pas appuyée sur un mouvement démocratique, et sur une prise de parole des Français. Et d’ailleurs…
Nicolas DEMORAND
Alors qu’est-ce que vous demandez ? Qu’est-ce que vous demandez dans ce référendum ou dans cette consultation populaire ? D’ailleurs quelle forme exactement, une consultation par Internet, ou un vrai référendum classique comme il a pu y en avoir un en 2005 sur la Constitution européenne ?
Ségolène ROYAL
Moi, je veux un vrai référendum. Et ce que chacun a peut-être oublié, c’est qu’il y a eu, alors ce n’est pas Nicolas SARKOZY évidemment, on ne peut pas attendre de lui, qu’il applique l’Article 11 de la Constitution, puisqu’il veut passer à la va-vite, si possible pendant la Coupe du Monde de Football, on a bien compris le processus, on matraque les Français sur les déficits, on leur fait avaler qu’il faut remettre en cause les acquis sociaux, on attend la date…
Nicolas DEMORAND
La France perd la Coupe du Monde et on se retrouve au mois de juillet…
Ségolène ROYAL
On attend la date de la Coupe du Monde, les Français sont occupés à regarder le foot et pendant ce temps-là, on fait voter vite fait, bien fait, à l’Assemblée nationale sur une majorité, dont on a vu à l’instant, dans le reportage le niveau du débat politique. Cela dit en passant, qui n’est pas vraiment à la hauteur des enjeux.