Ces sujets qui fâchent
Puisqu’elle ne convainc pas, la droite s’emploie à dégoûter du scrutin. Isolée sur les retraites, sur la défensive au sujet de Total, elle cherche dans le caniveau de quoi dévier la campagne vers de sordides règlements de comptes.
Par Patrick Apel-Muller
Les têtes de file UMP n’en parlent guère. C’est pourtant au lendemain des élections régionales que la droite veut lancer son offensive contre les retraites des salariés, qu’ils soient du public ou du privé. Mais ils mitonnent une tambouille si contraire aux goûts des Français qu’ils préfèrent la tenir éloignée des yeux des électeurs. Le sondage que nous publions est très clair : six personnes interrogées sur dix veulent conserver le droit au départ à soixante ans avec des revenus maintenus, et elles sont même un peu plus nombreuses à se dire prêtes à participer à un mouvement social pour le défendre. Un autre chiffre mérite l’attention. Seulement 28 % des sondés font confiance au gouvernement pour conduire une telle réforme. Ce chiffre, rapproché de la cote de popularité du président de la République qui plonge vers des abysses, témoigne des difficultés de la droite à la veille d’un scrutin auquel Nicolas Sarkozy avait voulu donner le caractère d’une approbation de son bilan.
La droite entend donc repousser au 22 mars tous les sujets qui fâchent, le débat sur les retraites par exemple. Pas si facile, quand les retraités manifestent ou lorsque les ouvriers des raffineries cessent le travail contre la fermeture du site Total de Dunkerque. Sur ce dernier dossier, le gouvernement tente une opération de communication en multipliant les rendez-vous avec les patrons de Total avec qui il met au point des communiqués alambiqués. Qui finalement ne rassurent personne, l’expérience de Gandrange, Molex et autres Goodyear attestant l’absence d’actes après les gesticulations médiatiques.
Puisqu’elle ne convainc pas, la droite s’emploie à dégoûter du scrutin. Déjà, un institut de sondage envisage une abstention de 46 % des électeurs. Insuffisant, juge-t-on à l’UMP, ou on cherche dans le caniveau de quoi dévier la campagne vers de sordides règlements de comptes. Pendant que la droite amuse la galerie en accusant de tous les maux un candidat du Val-d’Oise, on ne dit rien du péage urbain à l’entrée de Paris que la secrétaire d’État Chantal Jouanno — Daniel Cohn-Bendit lui emboîtant le pas — veut imposer aux banlieusards bien obligés de prendre leur voiture pour se rendre au travail. C’est eux que la droite veut éloigner des urnes, bien certaine que les beaux quartiers n’oublieront pas de voter. Cette stratégie signe aussi une conception de la société. « On ne méprise pas la raison sans mépriser l’homme », remarquait Anatole France.
Hélas, il ne faut guère compter sur les grands médias pour organiser les débats réellement pluralistes qui éclaireraient les grands enjeux. Ceux des transports publics accessibles plus largement, de l’usage et du contrôle des fonds publics, de l’aménagement des territoires, de l’éducation, de la santé et particulièrement des hôpitaux, des services publics. Il reste un peu moins de trois semaines pour que les militants qui constituent le Front de gauche et ceux qui se sont alliés à lui bousculent les cercles vicieux politiciens. Et donnent aux régions un élan franchement à gauche.
Source: l'humanité.fr