Poitou-Charentes: S. Royal table sur une large victoire en attendant d'autres batailles
Elle a fait le choix de se recentrer sur sa région, quitte à délaisser un temps la scène nationale au profit de sa rivale Martine Aubry, Première secrétaire du PS. Une stratégie semble-t-il payante pour Ségolène Royal, que tous les sondages donnent confortablement réélue en Poitou-Charentes, et ce malgré les divisions liées à sa politique d'ouverture au centre.
L'ex-candidate à l'élection présidentielle de 2007 compte en effet sur ce scrutin régional pour se relancer en vue de nouvelles échéances. A commencer par les futures primaires à gauche, attendues en 2011, suivies d'une éventuelle nouvelle candidature à la magistrature suprême en 2012.
Candidate déclarée de la gauche et des républicains, la présidente sortante de Poitou-Charentes aura attendu la dernière heure le 15 février pour faire connaître ses candidats. Un moyen de laisser jusqu'au bout la porte grand ouverte et de "rassembler très largement autour des socialistes unis, de la gauche radicale jusqu'aux centristes humanistes".
Au final, trois Verts, quatre radicaux de gauche, une MRC, quatre non-inscrits et surtout cinq centristes figurent sur la liste conduite par le PS en Poitou-Charentes. Le fruit d'un "travail minutieux, attentionné, de conviction, ayant nécessité écoute et sens du dialogue", a-t-elle expliqué dans un communiqué.
L'apparition le 13 février de trois militants MoDem et d'un ex-communiste en lieu et place de socialistes avait suscité la grogne de colistiers PS de Charente-Maritime. "Il est pour nous inacceptable que la liste ne respecte pas le vote des militants", s'étaient-ils émus. Avant d'être en partie entendus: quatre d'entre eux figurent sur la liste déposée en préfecture, dont deux en position éligible.
Cette politique assumée de large ouverture donne des ailes à Ségolène Royal, si l'on en croit deux sondages qui la créditent de 57% à 58% des intentions de vote au second tour, contre 42% à 43% pour la liste UMP-Nouveau Centre-MPF menée par le secrétaire Etat aux Transports Dominique Bussereau, président du conseil général de Charente-Maritime.
Selon une enquête Ifop publiée le 10 février, la liste de la présidente sortante arriverait en tête dès le premier tour avec 33% des suffrages, contre 29% pour celle de Dominique Bussereau. La liste Europe Ecologie-Verts conduite par François Coutant recueillerait 14% des intentions de vote, loin devant le Front national de Jean-Marc de Lacoste-Lareymondie (7%), le MoDem de Pascal Monnier (5%) et le Front de gauche (PCF-Parti de gauche) de Gisèle Jean (5%).
Le baromètre OpinionWay-Fiducial paru le 15 février dresse un tableau quasi-identique, estimant à 34% les intentions de vote au premier tour en faveur de la liste PS -contre 29% pour l'UMP-Nouveau-Centre-MPF- et à 15% le score envisageable du camp écologiste. En 2004, Ségolène Royal avait obtenu 46,29% des voix au premier tour, mais elle bénéficiait alors de l'absence de liste écologiste autonome.
Au second tour, elle compterait pas moins de 16 points d'avance sur le candidat de la majorité (58% contre 42%). Elle ferait donc encore mieux qu'il y a six ans, quand sa liste avait recueilli 55,1% des suffrages. Un résultat qui avait assis son statut de présidentiable et lui avait ensuite permis de s'imposer aux primaires socialistes en novembre 2006.
Rien ne semble aujourd'hui pouvoir atteindre l'ex-candidate à la présidentielle, pas même les déboires de l'équipementier automobile Heuliez, dont la reprise par le groupe BKC est menacée d'échec, en dépit de l'injection de cinq millions d'euros par la région.
Face à Ségolène Royal, qui ambitionne désormais de réaliser le meilleur score des régionales, Dominique Bussereau gère comme il peut des éléments contraires. Il a ainsi dû prendre ses distances avec le maire UMP de Lagord (Charente-Maritime), qui avait cru bon comparer la présidence de région à une "dictature du prolétariat" comme l'était à ses yeux "le nazisme". Un dérapage unanimement condamné, à gauche comme à droite. AP