Polémiques moins Royal que Leroy
Madame la présidente de région Poitou-Charentes se montra à la hauteur de la dignité républicaine à laquelle elle se doit de répondre. Lors de la séance publique du conseil régional du 18 janvier 2010 (voir chronique précédente), madame la présidente s'appliqua à respecter scrupuleusement les droits de l'opposition, afin que le Conseil puisse être éclairé de manière contradictoire sur l'un des enjeux majeurs en région : la pérennité de l'emploi artisanal sur l'ensemble du territoire. Cette politique humaniste fut votée à l'issue du débat, suivant le code d'honneur d'une République française affranchie des sectarismes, affranchie de tous les freins à l'innovation politique ; un artisanat renforcé étant l'intérêt de tous.

Le conseiller et opposant Alain Garcia, pondéré et vigilant sur l'intérêt général :
« Je crois que le problème qui me parait essentiel et sur lequel il faut mettre le maximum d'efforts, c'est dans les reprises d'entreprises. C'est un problème qui nous interpèle depuis toujours en région. C'est vrai que l'on a l'impression que c'est presque plus facile de créer une entreprise, que d'assurer la reprise de l'entreprise. [...] Et là je crois qu'il faut apporter les outils maximums pour aider à ces reprises d'entreprises ; et combien on voit d'entreprises artisanales, que se soit dans les services ou autres, disparaître faute de repreneurs, avec souvent des licenciement à la clé ! Et ça, c'est très dommageable à la qualité de l'activité artisanale sur notre territoire. Alors je souhaiterais que l'on insiste vraiment beaucoup sur les politiques en faveur de la reprise de ces entreprises. Et d'accompagnement bien sûr... »
La présidente répondit, songeuse :
« D'accord. Alors il y a deux réponses dans ce plan. Il y a l'expérimentation sur les territoires, un territoire par département. Et puis, il y a l'annuaire électronique sur les bourses aux entreprises : ça c'est une demande des professionnels eux-mêmes. C'est vrai qu'on se rend compte que c'est tellement de travail que après la journée de travail, ils n'ont pas le temps de prospecter et même de connaître souvent les artisans — qui ne sont pas de la même profession mais sur le même territoire — avec des mises en commun de service et de prestations possibles. Donc, si il y a une dynamique à la fois de la région et de la chambre professionnelle, nous allons réussir de grandes avancées ! »
Puis intervinrent les polémiques du conseiller frontiste Alain Leroy :
« Je crois que le laïus qui précède à la décision concernant [...] la CRMA [Chambre Régionale de Métiers et de l'Artisanat, NDLR], méconnait totalement l'esprit d'entreprise qui anime des artisans. Ce sont des hommes libres qui n'acceptent pas d'être embrigadés dans quoi que ce soit. Je vais donner pour exemple cette remise de galette officielle. Pour la première fois de la mandature, il se fait juste avant les élections, dans la salle de restaurant officielle du conseil régional ! » Le Conseil s'anima, l'opposition vitupérant... Pour apaiser la séance, la présidente intervint alors que le brouhaha se faisait envahissant.

la présidente Ségolène Royal, lors du Conseil régional Poitou-Charentes du 18 janvier 2010.
© kritix.com
Après avoir vanter les mérites des céréales régionales et de la galette de Rois, madame la présidente :
« Cette question se retourne contre vous. Ayez au moins l'élégance de l'admettre !
— Je dois admettre que je ne vais pas être élégant. Mais peu importe... » Le conseiller frontiste était décidé à tenir la dragée haute à la reine des médias. Il continua, haletant :
« Je ne pense pas que [ce plan] soit tout à fait adapté aux besoins des artisans. [...] Il faut ne pas connaître la comptabilité des entreprises pour considérer qu'ils vont se réfugier vers une solution administrative pour faire face à leurs problèmes ! […] Quand il y a des difficultés avec le banquier, c'est ni la région, ni le département, ni la commune qui va les aider : ce sont eux-mêmes ! [...] Donc je trouve que c'est de la démagogie.
Les accès à internet... Comme ce sont des hommes libres, ils accèdent librement à Internet. Ce qu'il faut mettre à leur disposition, [...] c'est l'ADSL partout ! » L'élu préfèrerait un accès pour tous, pour que les artisans décident librement d'y accéder : le FN exècre les règlementations administratives systématiques.
La présidente de région, très respectueuse des droits de l'opposition, répondra franchement pied à pied, sans détours aucun, les yeux dans les yeux. Parfois, l'ironie passait à la volée le filet des échanges. La majorité s'indigna devant les polémiques qui, par moment, firent rire aux éclats tout le conseil ; tandis que le conseiller frontiste contait sa « parabole du coiffeur, parce que l'on est pas très loin de Noël ». L'élu Alain Leroy aura siégé plus d'une décennie dans cette noble assemblée, qu'il quittera après les élections de 2010. Il s'agissait pour lui de faire ses adieux à l'assemblée, en provoquant l'hilarité de madame la présidente, pour une fois moins Royal que Leroy.
Polémiques moins Royal que Leroy
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Le débat se déportait alors sur les malheureuses transmissions des entreprises en région, dans ce cadre du plan d'aide à l'artisanat...
Le galant conseiller Henri de Richemont fut, comme à son habitude, chevaleresque :
« Oui, madame, tout d'abord un peu d'humour. Moi, je regrette de ne pas avoir tiré la fève parce que j'adore choisir une reine !
— Vous n'avez que l'embarras du choix, fit madame la présidente, rieuse et flattée...
— Sur le dossier qui nous préoccupe, bien entendu, je me félicite d'une nouvelle disposition qui va être votée prochainement par le parlement ; c'est de créer un patrimoine d'affectation pour les artisans [...]. Parce que aujourd'hui, il y a véritablement une injustice : les artisans et commerçants qui exercent souvent en nom propre et sans créer de société, lorsqu'il y a des difficultés, c'est tout leur patrimoine qui se trouve aujourd'hui garanti des créanciers. Le fait de pouvoir, demain, permettre aux artisans d'avoir un patrimoine d'affectation, au point de renforcer les PME, de renforcer les artisans ; [nous le soutenons].
— Merci. Monsieur Macaire ? fit la présidente.
— Merci madame la présidente. En complément, pour répondre à la question de savoir la transmission de notre collègue Garcia. Moi je voudrais dire aussi que nous avons aussi beaucoup d'actions sur la transmission, qui ne figurent pas forcément dans ce document-là. Puisque à travers les garanties que nous apportons [...], nous continuons très souvent à garantir des reprises ; et c'est très fréquent ! Je voulais le dire, parce que c'est un vrai problème. Je suis tout à fait d'accord pour dire que c'est un problème qui n'est pas résolu, loin s'en faut : il y a encore beaucoup à faire ! Mais, aujourd'hui, quand un artisan manifeste le désir de transmettre et qu'il rentre dans une logique de partenariat avec une institution : il y a des moyens de l'aider ! Souvent ce qu'il se passe c'est qu'il n'y a pas d'informations et ça s'arrête un petit peu brutalement et dans ces cas-là, effectivement, il peut arriver que l'entreprise ne poursuive pas son activité. »
Madame la présidente remercia son conseiller :
« Merci Beaucoup. Oui, monsieur Charbonneau ?
— Oui, madame la présidente, fit l'élu Jean-Romée Charbonneau (FN). En ce qui concerne l'artisanat : le tissu extrêmement important qui fait vivre nos territoires. Je vous donne les chiffres de 30 000 entreprises, 70 000 [picto-charentais] qui y travaillent. Je trouve que c'est assez peu les 125 000 euros, par rapport aux 5 millions qui ont été donné à une seule entreprise, qu'est Heuliez [...].
— Oui, çà c'est juste un supplément, rétorqua madame la présidente, piquée au vif. [...] [Il y a l'apprentissage] dont le montant financier global est 19 millions d'euros et ça c'est vraiment le soutien massif ; plus les subventions au centre de formation des apprentis ; plus les attributions […], c'est à dire la prise en charge gratuite de tous les matériels des apprentis, des manuels dont ils disposent, d'aides aux permis de conduire pour tous les jeunes en région qui sont reçus au CAP — 1200 euros pour passer le permis de conduire, nous sommes la seule région à faire ça. Donc, il y a toute cette aide directe et indirecte dans le secteur de l'apprentissage et bien évidemment ce que nous allons [voter] aujourd'hui, ce n'est qu'un complément des actions qui sont en partenariat avec la chambre régionale de l'artisanat. »
L'élu Jean-Romée Charbonneau continua :
« Personne n'est oublié, évidement ! [...] Personne n'est oublié finalement !
— Faudrait savoir ce que vous voulez ! Si vous voulez que nous donnions plus à l'artisanat, je vous réponds ! Ce n'est pas que personne n'est oublié. C'est que tous ceux qui ont besoin d'un soutien publique pour avancer, en contrepartie, il y a des droits et des devoirs ! La subvention publique n'est pas un droit, et elle donne des devoirs ! [Responsabilité républicaine doctement prescrite à tous ceux qui prônent l'assistanat, NDLR] Quand nous aidons un secteur économique, en contrepartie, nous contrôlons l'usage de ces subventions, nous les conditionnons […] à l'interdiction de licencier ou à l'interdiction de délocalliser si l'entreprise fait des bénéfices. Nous contrôlons désormais, avant [d'accorder] une subvention, si il y a des réserves financières ou des réserves bancaires : parce qu'on est pas là pour servir de banquiers ! [...] Auparavant, on recevaient des subventions sans même [qu'il y ait un contrôle], alors qu'elles avaient des réserves et qu'elles pouvaient faire face elles-mêmes […]. Nous contrôlons l'utilisation de l'argent publique, et nous apportons des moyens là où il y a du potentiel de création d'activité ou d'emplois ou là où il y des problèmes de difficultés économiques.
— En ce qui concerne les délocalisations, il n'y aura plus jamais de cas de Chiré-en-Montreuil qui se posera ? » demanda Jean-Romée Charbonneau.
La présidente répondit précisément :
« Toutes les entreprises qui délocalisent et qui ont reçues des subventions régions, sont obligées de les rembourser. Quand la région n'est pas intervenue dans des entreprises, c'est très difficile d'intervenir. Mais nous avons empêché un certain nombre de délocalisation !
Déjà, d'abord, en aidant certaines entreprises. Nous allons passer à l'aide à la création des coopératives ouvrières. J'étais il y a quelques jours dans la SCOP — coopérative ouvrière textile à Chizé —, on a empêché la délocalisation de cette entreprise en donnant les moyens aux ouvrières de reprendre leur entreprise. Aujourd'hui elles ont des carnets de commandes pleins, et une entreprise qui devait être délocalisée, qui devait partir en Chine, est restée en Poitou-Charentes avec les ouvrières qui ont reprit le travail ; et qui fabriquent pour de grands façonniers et qui ont aujourd'hui une collection complète à fabriquer.
Parce qu'aujourd'hui les choses sont parfois en train de se retourner ! C'est à dire que les fabricants, les créateurs, préfèrent avoir à faire à une entreprise dont ils savent qu'elle ne va pas être délocalisée, dans laquelle il n'y a pas d'abus de fonctionnement, ou de financement de tel ou tel responsable, dés que le travail est en région, est soutenu par la région et que l'entreprise ne va pas disparaitre. Donc vous voyez, il y a aussi des solutions et des façons aussi d'espérer remonter la pente ! »
Quelques contributions s'ajoutèrent, puis le plan régional picto-charentais d'aide à l'artisanat fut adopté avec l'aimable et douce approbation d'Henri de Richemont.
[Prochainement la suite du conseil régional du 18 janvier 2010]