REGIONALES 2010:Qui paie les déplacements de Nicolas Sarkozy?
REUTERS/Charles Platiau
Le Président de la République Française Nicolas Sarkozy multiplie les voyages stratégiques avant les élections régionales des 14 et 21 mars prochains.
Ces temps-ci, le chef de l'Etat multiplie les déplacements dans des régions que l'UMP souhaite défendre ou conquérir. Sur place, il tient parfois des réunions politiques. Des activités à intégrer aux comptes de campagne des candidats?
"Le rôle d'un président n'est pas de faire campagne pour les présidents de région", déclarait Nicolas Sarkozy fin janvier sur TF1. Pourtant, à près d'un mois des élections régionales, le Président de la République multiplie les voyages présidentiels "ciblés" en province.
Des voyages stratégiques qui tranchent avec les simples allers-retours en province, organisés habituellement au rythme d'un par semaine. Le 8 décembre, Nicolas Sarkozy rendait ainsi visite aux Alsaciens. Mardi, il était dans le Loir-et-Cher avec Hervé Novelli. Entre temps, il s'est déplacé en Corse le 2 février. Et le 18 février prochain, il sera en Guyane.
Ces régions ont pour point commun d'être gérées par la droite ou de pouvoir basculer, à l'issue du second tour des régionales, le 21 mars prochain.
Un voyage national et non partisan, avec des interludes privés?
Alerté par un sondage Ifop du risque que la région Corse bascule à gauche au cours du prochain scrutin territorial, le Président de la République a tenu répondre à l'inquiétude de l' UMP.
D'où la présence du secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand à ce voyage officiel. D'où le déjeuner en compagnie du ticket UMP, tête de liste en Corse, Camille de Rocca Serra–Ange Santini, avec les régionales au menu du jour. D'où aussi le meeting privé de la fédération locale, animé par Nicolas Sarkozy, qui a réuni plus de 600 militants UMP selon des informations du Figaro. Et d'où les sept heures passées en Corse contre à peine deux pour les autres allers-retours provinciaux.
"C'était un voyage répondant à ses prérogatives de chef d'Etat, où il a annoncé des mesures nationales concernant le développement durable. En marge de ce déplacement, il a eu un déjeuner privé et une réunion privée. Qu'il reste une heure de plus ou de moins en Corse, cela ne change strictement rien au coût de son déplacement", se défend l'Elysée.
Les activités privées de Nicolas Sarkozy en Corse -des activités partisanes- n'ont donc légitimement pas été prises en charge par l'Elysée. L'équipe présidentielle a tout de même commis une erreur selon le député PS René Dosières: ne pas réclamer un remboursement partiel des frais de déplacements à l'UMP.
Le trésorier de l'UMP de Corse du Sud, François Ristorcelli, comme le secrétaire général Franck Giovanucci l'affirment: "la totalité des frais de déplacements revienennt à l'Elysée. La fédération n'a financé que le meeting à l'hôtel Campo Dell'Oro puisque Nicolas Sarkozy y était à titre personnel."
"On [Le gouvernement et l'Elysée] s'est foutu de ma gueule"
Quid du meeting d'une heure à Ajaccio? Cette réunion, évaluée à 3500 euros, avait tout ce qu'il y a de plus confidentiel -avec double contrôle d'identité à l'entrée- et n'a regroupé au final que 700 adhérents déjà encartés UMP.
"Loin donc d'avoir une influence sur l'élection", juge la fédération de Corse du Sud. De ce fait, "il n'y a pas besoin de la faire figurer dans les comptes de campagne", estiment t-ils.
"Une manière de ne pas payer une partie des frais de déplacements liés à cette réunion", affirme René Dosières, spécialiste du budget de l'Elysée.
"C'est habile mais pas très honnête: ne pas faire figurer dans les comptes de campagne une réunion animée par Sarkozy, devant 700 militants et à six semaines des régionales", sous prétexte qu'elle soit organisée à titre privé, laisse perplexe le député.
Pour le service juridique de la Comission des Comptes de campagnes, joint par LEXPRESS.fr, "seuls les frais de déplacements de la préfecture d'Ajaccio à l'hôtel et l'ensemble des prestations imputent à la fédération dans la mesure où la réunion est interne au parti et n'a pas de visée électorale."
"J'avais déjà posé des questions sur le financement des forces de l'ordre accompagnant les déplacements de Sarkozy, et on s'était clairement foutu de ma gueule. Aujourd'hui, je m'interroge toujours sur la manière dont l'Elysée intègre des dépenses de l'UMP dans ses frais. J'attends une réponse."
Les opposants corses, Paul Giaccobi en tête, pourront néanmoins saisir la comission qui n'a pas rendu là un jugment officiel. Ce type d'évènement n'a jamais été traité par la Comission des Comptes de campagnes et ferait donc jurisprudence.
En attendant, le député socialiste René Dosière, lui, ne manquera pas de "déposer une question écrite sous 8 à 10 jours" à ce sujet à l'Assemblée Nationale.
Info+
Mardi, en déplacement dans le Loire-et-Cher pour clôturer les assises sur l'avenir des territoires ruraux, Nicolas Sarkozy n'a pas manqué de sortir de ses habits de chef d'Etat. Accompagné de quatre membres du gouvernement dont... Hervé Novelli, le candidat UMP pour les régionales dans le Centre, le chef de l'Etat a fait allusion à la campagne électorale à plusieurs reprises.
Ce voyage officiel entretient le doute sur certains déplacements jugés "partisans" de Nicolas Sarkozy. En effet, à en croire plusieurs sondages, le Centre serait une des régions qui pourrait basculer à droite en mars prochain. Un déplacement plus stratégique que ne le laisse croire le chef de l'Etat.
Source : l’Express