Sarkozy pris la main dans «le Monde»
Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse sont perçus comme un trio « de gauche » par le président Sarkozy, qui veut absolument éviter de les voir « mettre la main » sur Le Monde.
Car les éditos du Monde agacent l’Elysée (voir l’article), et Nicolas Sarkozy souhaiterait que Le Monde tombe dans l’escarcelle de son ami Lagardère (« C’est quoi la liberté de la presse ? Du pipeau. Avant de savoir s’ils sont indépendants, les journalistes feraient mieux de savoir si leur journal est pérenne. », Arnaud Lagardère, l’insolent, Thierry Gadault). Stéphane Richard, directeur général de France Télécom depuis le 1er mars 2010, pourrait prendre une participation dans le journal avec la bénédiction de l'Elysée ; il a été directeur de cabinet du ministre de l’Economie et de l’Emploi de 2007 à septembre 2009 (Jean-Louis Borloo puis Christine Lagarde).
Xavier Niel contrôle le fournisseur d’accès internet Free ; il a investi dans de nombreuses startup comme Médiapart, Bakchich ou Deezer ; il a débuté dans les années 1980 en créant des services de minitel rose.
Mathieu Pigasse, co-directeur général délégué de la banque Lazard France, a été conseiller technique au cabinet du ministre Dominique Strauss-Kahn en 1998 (de qui il est toujours proche), puis directeur adjoint du cabinet du ministre Laurent Fabius en 1999 ; il a été nommé administrateur du Théâtre du Châtelet par Bertrand Delanoë. Il est membre du conseil d’administration de la Fondation Jean Jaurès (think tank du PS) ; en 2007 ce banquier de gauche a conseillé Ségolène Royal.
Quant à Pierre Bergé, son soutien fut précieux à Ségolène Royal en 2007, et il continue de prendre en charge les locaux occupés par Désirs d’avenir boulevard Raspail, à travers l’Association des Amis de Ségolène Royal, qu’il a créée en 2008.
F.M.
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vendredi 11 juin 2010
Presse. Le directeur du quotidien confirme l’intervention de l’Elysée dans le dossier de la recapitalisation.
Le président de la République, Nicolas Sarkozy, est bel et bien intervenu dans les affaires du Monde.Et il pèse de tout son poids pour que le journal ne tombe pas entre les mains du trio Pierre Bergé-Xavier Niel-Matthieu Pigasse candidat au rachat du groupe (Libération d’hier).
Mardi, lePoint.fr indiquait que Nicolas Sarkozy avait, il y a une dizaine de jours, téléphoné au directeur du Monde, Eric Fottorino, pour se plaindre d’un édito. Rapidement, le Président embraye sur la recapitalisation du groupe Le Monde, et critique la personnalité de Xavier Niel, le taxant d’«homme du peep show», en référence au passé du fondateur de Free dans ce genre d’activité ainsi que dans le Minitel rose. Selon nos informations, Eric Fottorino a confirmé hier le coup de fil présidentiel devant les chefs de service du Monde. Fottorino a même ajouté avoir rencontré cette semaine Nicolas Sarkozy à l’Elysée en présence de Raymond Soubie, son conseiller social. Là, le président de la République a de nouveau déclaré à Fottorino que le trio Bergé-Niel-Pigasse ne lui convenait pas, épinglant ce «drôle d’attelage». Alors que, a-t-il tenté de faire valoir, Le Monde compte en son sein des actionnaires tout à fait présentables, à savoir Lagardère et le groupe espagnol Prisa. Sarkozy aurait même rappelé à Fottorino qu’il y a quelques années Prisa et Lagardère voulaient monter au capital.
Voilà qui accrédite l’hypothèse née de la candidature, mercredi, d’Orange à une entrée au capital du Monde. Hier, Stéphane Richard, le patron du groupe de télécoms et ami de Nicolas Sarkozy, s’est élevé contre cette théorie : «Nous ne sommes pas […] des supplétifs inspirés par je ne sais quelle arrière-pensée.»
Dessin de Delize
Le remontage de bretelles présidentiel a affecté Eric Fottorino qui, selon un journaliste, «avait l’air secoué». L’affaire a gagné toute la rédaction. Et hier après-midi, lors de l’assemblée générale de la Société des rédacteurs du Monde (SRM, l’actionnaire de référence du journal), le sujet a été abordé. Avec une précision d’importance : au cas où Le Monde serait repris par le trio Bergé-Niel-Pigasse, le président de la République aurait averti Eric Fottorino que l’Etat, via la Caisse des dépôts et consignations (CDC), pourrait ne pas apporter le soutien financier prévu à la modernisation de l’imprimerie du Monde. Laquelle est évaluée entre 20 et 25 millions d’euros. «Si la CDC se retire, ça peut changer la facture de 10 ou 15 millions», raconte un journaliste. C’est ce qu’il en coûterait de ne pas écouter les conseils de Nicolas Sarkozy.
RAPHAËL GARRIGOS, ISABELLE ROBERTS