Ségolène Royal , Porte -Drapeau des ouvriers
Ségolène ROYAL est donnée gagnante en Poitou-Charentes (Sondage IFOP Public Sénat-Paris Match-La Nouvelle République paru le 10 février 2010). Sa liste l’emporterait au second tour avec 57% des voix, contre seulement 43% pour le secrétaire d’Etat aux Transports, Dominique Bussereau.
En 2004, elle avait réalisé un score de 55% dans une toute autre configuration. En effet, une triangulaire avec le FN avait affaibli la droite ; or cette fois-ci le FN ne pourrait se maintenir au second tour . La droite devrait en être revigorée, elle ne l’est pas.
Au premier tour, Ségolène Royal ferait 33%, la liste UMP de Bussereau totalisant 29% des intentions de vote. Suivent la liste Europe Ecologie conduite par Françoise Coutant (14%), un FN à 7% et le Modem à 5%, après le départ de plusieurs de ses membres vers les listes de Royal.
1) Un écart droite-gauche plus important en Poitou-Charentes qu’à l’échelle nationale
En d’autres termes, Ségolène Royal garantit à la gauche de meilleurs résultats.
Quand elle avait choisi de se présenter pour la première fois dans la région, le Président Mitterrand avait manifesté sa surprise, allons donc, ce n’était pas là une terre de gauche.
Or, le sondage réalisé, la donne en tête alors que sa majorité sortante part au premier tour avec trois listes différentes. En 2004, PS, Verts, MRG et PC totalisèrent 46,2% des voix. La gauche présente aujourd’hui 5 listes contre 2 en 2004.
La volonté des Verts notamment aura été de ne pas permettre une élection au premier tour, sans doute pour s’installer durablement dans le paysage électoral et capitaliser sur un score des européennes maintenu à son plus haut niveau , mais surtout pour garantir les chances de Cécile Duflot en 2012.
>>> En termes de contenu : le bilan de la région est salué
>>> En termes de stratégie : une région plus à gauche que la moyenne nationale !
2) Ségolène Royal réalise un bon score parmi les ouvriers
Le sondage réalisé pour Public Sénat montre que Ségolène Royal est en mesure de capter l’électorat populaire. Elle réalise un bon score dans la catégorie des ouvriers : 45% d’intentions de vote. Au second tour, le chiffre monte à 69%.
A noter qu’en Alsace parmi les ouvriers, même Europe Ecologie, à l’image pourtant « bobo », fait une bien belle percée (27%) face à un PS à 17% ! Royal est la seule au PS à inverser cette tendance lourde. Sans perdre les cadres et professions libérales qui votent pour elle à gauche à 76% au second tour.
Autre point notable, nous le savons depuis la Présidentielle : les jeunes adoubent Royal (rappelons-nous que N.Sarkozy est lui le chouchou des personnes âgées, notamment des plus de 75 ans) : 40% des moins de 35 ans votent PS au premier tour, 65% au second. Le score est même plus fort chez les 35-49 ans, avec 66%, toujours au second tour.
Ségolène Royal s’est fortement investie auprès des ouvriers, des usines en perdition , des licenciés abandonnés aux délocalisations, des précaires en souffrance. Pour 68% des sondés « la sauvegarde et le développement économique de l’emploi » est considéré comme l’enjeu local prioritaire devant l’écologie, à 32%.
Ses grands thèmes de campagne sont justement l’emploi et l’environnement. En d’autres termes, elle est au plus près des préoccupations des Français.
3) Elle est la seule a pouvoir combler le fossé PS/classes populaires
Souvenons-nous qu’en 2002, seuls 12% des ouvriers avaient voté Jospin contre 14% pour Chirac et 26% pour Le Pen. Les socialistes se sont trouvés déconnectés des ouvriers des usines « frappées par les restructurations et les délocalisations », du « nouveau prolétariat précaire des services ».
Notre chère Martine Aubry a-t-elle reconnu que les 35 heures avaient surtout profité aux cadres ? Sarkozy a pu récupérer le vote d’ouvriers et d’employés en proie à une flexibilité accrue , sur le thème du pouvoir d’achat ! Cette cécité est coupable. Après la crise de 2008, il est certes plus facile de revenir aux fondamentaux !
Avec Jospin, le PS avait choisi de privilégier le sociétal (parité, pacs ) plutôt que le social. La course à l’échalote n’est pas près de s’interrompre dans le cadre de la rivalité nouvelle avec Europe Ecologie.
Si la crise économique a permis de réintroduire de la « conflictualité sociale » dans le discours socialiste, le PS craint toujours l’affrontement idéologique comme le prouve le récent « débat » biaisé sur l’identité nationale ; Il eût fallu le retourner contre Sarkozy et en faveur des valeurs républicaines qu’il foule aux pieds, défendre une identité nationale héritée des Lumières, comme l’ a si justement écrit Michel Onfray !
Pendant la campagne de 2007, Royal parlait et du social et de la "France métissée", alors que Sarkozy établissait un lien entre « crise de l'identité » et immigration. Elle a dès le début su tenir un discours sur la Nation, adossé à ses positions sur la « valeur travail » et la lutte contre la précarité. Donner un contenu à la fameuse identité nationale eût pu rassembler à gauche. Mais seule Ségolène Royal a compris comment renouer le lien avec les classes populaires.
Au lieu de cela, au lieu de se prononcer sur ces questions essentielles, la direction actuelle du PS utilise sciemment et faussement la lutte contre l’antisémitisme pour abattre un adversaire politique et foule aux pieds les valeurs républicaines en vue des seules échéances de 2012 !
Le PS est devenu un parti de notables, notables locaux , élus municipaux, etc… Mais les caciques du PS ont en outre insufflé « distance sociale » et mépris à leur gestion du Parti. L’affaire Frêche en est le révélateur. Tout comme la confusion entretenue par une certaine presse entre le "populaire" et le "populiste".
On se souvient que Ségolène Royal s'est fortement investie pour le sauvetage d'Heuliez. Il convient également de noter que Nicolas Sarkozy a reçu Carlos Ghosn en vue du lancement d'une voiture électrique. Il est à souhaiter que le sacrifice d'Heuliez ne soit pas l'arme du gouvernement contre Royal. Sarkozy, qui craint plus que tout le match-retour et un destin à la Giscard, n'en est plus à une manoeuvre près. Elle seule - à l'inverse du ticket DSK-Aubry - a ce lien particulier avec le peuple qui la fait haïr tant à l'Elysée qu'à Solférino.
SP