Slate.fr: L’UMP, l’Union pour une Machine à Perdre
La défaite aux régionales n’est pas encore actée pour la droite que déjà ses dirigeants s’interrogent: et si la tactique du parti unique n’était, en fait, qu’une énorme erreur? La question se pose dans les couloirs de l’Assemblée nationale comme aux tables des ministres. Les leaders UMP font un constat simple: malgré des scores très honorables (autour de 30% selon les sondages), leur parti serait incapable de gagner dans le cadre d’un scrutin à deux tours. Ayant fait le vide autour de lui et repoussé François Bayrou dans le camp de la gauche, le parti majoritaire ne dispose d’aucune réserve de voix pour passer la barre des 50%. Un sacré handicap face à un Parti socialiste qui, à jeu égal, peut, lui, compter sur les reports des suffrages d’Europe Ecologie ou des petites listes de gauche. Une perspective pas très réjouissante pour la droite en vue de la présidentielle de 2012.
Petit retour en arrière, à une époque où deux partis, le RPR et l’UDF, se partageaient l’électorat de droite. C’était il y a huit ans; une éternité. Lassé des doubles candidatures et des batailles fratricides (Chirac-Giscard, Barre-Chirac, Chirac-Balladur), les stratèges gaullistes eurent l’idée du parti unique. Le but: en finir une bonne fois pour toute avec les divisions et les bagarres d’ego à droite. A la manœuvre: Jérôme Monod, le conseiller de Jacques Chirac et Alain Juppé, son ancien Premier ministre.
A l’époque déjà, le scénario faisait de nombreux sceptiques et notamment un certain… Nicolas Sarkozy. Malgré les réticences, la Chiraquie impose le parti unique au lendemain de la victoire de Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen en 2002. Alain Juppé reçoit alors le soutien indispensable et providentiel de Philippe Douste-Blazy, bras droit de François Bayrou qui embarque avec lui des cohortes de députés UDF au nom de l’unité. Bayrou hurle à la trahison et refuse la fusion avec l’UMP faisant vivre sa petite boutique qu’il transformera ensuite en Modem.
L’ UMP semble alors indestructible: toute la droite (sauf quelques irréductibles centristes) y est rassemblée. Elle devient rapidement le premier parti politique de France en nombre de militants. Hostile à sa création, Nicolas Sarkozy voit très vite l’intérêt qu’il peut tirer d’une telle organisation pour conquérir le pouvoir. En 2004, il met la main sur le mouvement et le transforme en machine de guerre (augmentation du nombre d’adhérents, conventions thématiques pour marteler ce qui deviendront des slogans de campagne…etc). Lorsqu’il l’emporte en 2007, les commentateurs saluent sa dextérité à faire l’union alors que Ségolène Royal n’est jamais parvenue à fédérer l’ensemble de sa famille.
L’UMP est désormais considérée comme un élément majeur de la victoire. Rien n’est moins sûr aujourd’hui. A y regarder de près, Nicolas Sarkozy doit surtout son succès à son énergie au service d’un projet de rupture (à une dimension personnelle donc) et à son habileté à attirer les voix du FN par un discours sécuritaire et démagogique (dimension stratégique). Aujourd’hui, la majorité n’en est plus là. La «magie» Sarkozy est bien loin et les sympathisants frontistes sont retournés à leurs premières amours ou bien se réfugient dans l’abstention.
Considérée comme une aubaine hier, l’UMP s’est transformé en piège dès lors qu’il n’a pas pu se trouver d’alliés. La myriade de micro-partis qui l’entourent (Nouveau centre d’Hervé Morin, Parti Radical de Jean-Louis Borloo et autres Gauche moderne de Jean-Marie Bockel) est trop faible pour constituer un appoint. Pire, ces petites formations mettent le bazar dans la majorité comme lors de la constitution des listes pour les régionales où à force de faire de la place à telle ou telle, les UMP pur jus se sont plaint d’être relégués au rôle de figurants. Si le mauvais score de l’UMP prévu dimanche prochain par les sondages se confirme, ceux qui dénoncent tout bas la stratégie de l’union pourraient bien sortir du bois. En s’appuyant sur une équation simple: 30% ne fait pas 50%!
Ariane Istrati