Chômage : l'hémorragie plus longue que prévu
FRANÇOIS WENZ-DUMAS
Le chiffre donne une idée de l’effet dévastateur de la récession : entre le 1er janvier et le 31 mars, la France a vu disparaître 138 000 emplois, presque autant que sur les douze mois de 2008 quand, après avoir franchi le seuil historique des 16 millions de salariés, le secteur marchand avait progressivement vu retomber ses effectifs.
Si la crise était de courte durée, les dégâts pourraient être limités. Entre janvier 2006 et décembre 2007, plus de 500 000 emplois ont été créés. Revenir au chiffre de 15,5 millions d’emplois salariés dans le secteur marchand, niveau que la France a connu de 2001 à 2005, devrait en théorie n’avoir que des effets limités sur le chômage, alors que la génération des baby-boomers continue à partir à la retraite.
Malheureusement cette hypothèse optimiste s’avère de moins en moins crédible. Mois après mois, le nombre de chômeurs augmente de plusieurs dizaines de milliers. Fin mars, 3 480 000 demandeurs étaient inscrits au Pôle Emploi (dont 2 448 000 n’ayant exercé aucune activité). L’OCDE ne prévoit aucune embellie avant la fin 2010, en France comme dans l’ensemble de la zone euro.
Restructurations. Syndicalistes et experts se montrent d’autant plus inquiets que l’on s’attend à une vague de licenciements économiques dans le secteur industriel en juillet-août, la période estivale étant souvent mise à profit par les entreprises pour opérer des restructurations.
La France risque «d’atteindre un million de chômeurs supplémentaires en 2009», estimait vendredi l’ex-directeur général du régime d’assurance chômage, Jean-Pierre Revoil, au vu des chiffres du PIB. Pour lui, «un PIB en recul de - 3,5 % équivaut à 900 000 emplois détruits». «Sans noircir le tableau», ce statisticien qui a dirigé l’Unédic de 1992 à 2007 n’a «jamais vu une telle rapidité de croissance du chômage depuis l’après-guerre et peut-être la crise de 1929». Et, ajoute-t-il, «même si on peut penser que l’économie ira mieux en 2010, cela ne suffira pas à créer des emplois : il y aura seulement moins de licenciements.»
Réalité. Des scénarios officieux de l’Unédic, examinés en janvier et en mars lors des réunions de bureau où siègent patronat et syndicats, laissaient entrevoir 375 000 à 454 000 chômeurs de plus en 2009. Mais les calculs étaient fondés sur des hypothèses de recul du PIB de -1,5 % et -1,8 %, bien en dessous de la réalité de la récession.
Les premières victimes du chômage sont les jeunes et les précaires. L’emploi intérimaire a fondu de 663 000 à 439 000 postes en un an. La génération qui arrivera en septembre sur le marché du travail va prendre de plein fouet la récession. Même le secteur public va moins recruter, le gouvernement ayant maintenu pour des raisons budgétaires l’objectif du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, soit 35 000 emplois supprimés.