Remaniement: les petites entorses aux grandes déclarations
Brice Hortefeux et Nora Berra devaient siéger au Parlement européen, Christian Estrosi devait se consacrer à sa bonne ville de Nice. Mais les promesses n'engagent que ceux qui les croient...
A l’Elysée, on s’accomode des règles qu’on a soi-même fixées. Certes, Michel Barnier et Rachida Dati, élus au Parlement européen, ont dû lâcher leurs portefeuilles respectifs, à l’Agriculture et à la Justice, conformément aux engagements pris par tous les candidats UMP d’honorer leur mandat d’eurodéputé en cas d’élection. Une exigence de Nicolas Sarkozy qui permettait, au passage, de ménager une honorable porte de sortie à l’ex-Garde des Sceaux, deuxième sur la liste d’Ile-de-France.
N’avait pas été envisagée l'élection de Brice Hortefeux, alors ministre du Travail et des affaires sociales qui figurait sur la liste de la région Centre... Xavier Bertrand avait, le premier, volé au secours du plus fidèle ami de Sarkozy, élu «à l’insu de son plein gré». Le secrétaire général de l’UMP invoquait, sur RTL, sa place de numéro 3 sur la liste: «Nous savions que Rachida Dati et Michel Barnier s’apprêtaient à aller siéger parce que nous les avions placés en tête. Pour Brice Hortefeux, il s’est engagé dans cette campagne de manière tout à fait désintéressée», pour «apporter son poids politique». Dans ce cas, la règle ne vaut pas.
Et Xavier Bertrand avait dégainé un autre argument que la ministre de la Justice débarquée appréciera: «On a besoin de Brice Hortefeux au gouvernement.» Ce qui n’empêche pas l’intéressé de laisser ses dossiers au ministère du Travail pour déménager Place Beauvau, qu’il lorgnait de longue date.
Hortefeux n’est pas le seul à bénéficier de ce traitement d’exception. Promue secrétaire d’Etat aux Aînés, Nora Berra, nouvelle figure de la diversité, a été élue députée européenne le 7 juin, en 5e position sur la liste du Sud-Est. Elle serait, elle aussi, autorisée à céder son siège à Strasbourg au suivant sur la liste.
Autre petit arrangement, Christian Estrosi qui martelait en mars 2008: «Si je suis élu, je consacrerai l’essentiel à ma ville. Je pourrai très bien ne pas rester au secrétariat d’Etat à l’outre-mer». C’était lors des municipales à Nice. Candidat UMP, il bataillait alors ferme contre le maire sortant, Jacques Peyrat. Son adversaire appuyait sur le supposé talon d’Achille du secrétaire d'Etat, insinuant que, si celui-ci était élu, il passerait le plus clair de son temps à Paris et négligerait la mairie.
En ballotage favorable, Estrosi avait donc promis, une fois élu, de présenter sa «démission au gouvernement de la France pour consacrer toute [son] énergie à la ville de Nice». «Nice sera demain ma seule priorité», jurait-il.
A peine un an et demi plus tard, balayés les vœux d’exclusivité, ce sarkozyste historique fait son retour au gouvernement. Non pas en charge de la Sécurité publique, comme on pouvait l'attendre pour l'auteur de la proposition de loi sur les bandes violentes, mais à l'Industrie.
«Il n’a renié aucune promesse, estime-t-on dans l’entourage du député-maire de Nice. Christian Estrosi n’avait pas dit qu’il s’y consacrerait à vie, il s’était fixé un délai et en un an, il a remis la mairie sur de bons rails.» On invoque aussi «l’utilité, pour Nice et le sud de la France», de disposer d’un relais au gouvernement: «C’est toujours bénéfique pour une région d’avoir un ministre de la région.»
SOURCE : http://www.liberation.fr