Karachi : l’ex-juge Bruguière doit-il rendre des comptes ? 2/2

Publié le par Désirs d'Avenir Castelnau-de-Médoc

Chacun pourra se faire une idée à savoir quelle est la théorie la plus plausible sachant que l’on peut y voir également une combinaison des deux, et, si dans ce cas particulier c’est assez indécent d’utiliser une telle expression, de faire d’une pierre deux coups : punir en interne les pro-occidentaux et en externe punir les Français. En revanche je vais vous donner quelques éléments de réflexion. La théorie de la vengeance à cause de l’arrêt du versement des commissions est fragilisée par trois aspects : 88 % des commissions auraient été déjà versées, le délai supposé de 7 ans entre les contrats de 1994/1995 et l’attentat de 2002 et enfin la crédibilité de Thevenet. Prenons les points les uns derrière les autres et ensuite nous parlerons un peu de Nicolas Beau, fondateur de Bakchich.

- citer le montant de 88 % veut dire qu’il ne reste que 12 % de commissions ce qui ne serait que peu de chose finalement la majeure partie ayant été versée. Cependant il ne faut pas s’arrêter à un chiffre, il faut aller plus loin. Le premier point c’est que rien ne dit comment se répartissent ces 12 %. Il se peut que dans la chaîne de corruption (ce terme n’est pas pris au hasard puisque : La Cour des comptes pakistanaise boucle des investigations sur des pactes de corruptions passés par des officiers pakistanais avec des responsables français pour obtenir la signature du contrat des sous-marins Agosta 90B. Le 30 janvier 2002, lors d’une audience devant la première chambre de Rawalpindi, l’amiral en chef de la marine, Mansur ul-Haq, plaide coupable pour avoir reçu des Français près de 7 millions de dollars en guise de remerciement. Le chef du service de renseignement de la marine pakistanaise écope de sept ans de prison, et un capitaine de trois ans de prison.) la répartition du reste des sommes dues ne se fasse pas équitablement et que certains soient complètement ou en grande partie non rémunérés. Ce qui change l’aspect des choses. Enfin 12 % paraît être un pourcentage faible, mais comme le montant des commissions s’élevait à 100 millions de dollars cela représente quand même la bagatelle de 12 millions de dollars. Il y en a qui se fâchent pour moins que cela.

- le délai de 7 ans est effectivement un bon argument. Pourquoi attendre 7 ans pour se venger ? A cela il y a deux réponses possibles : La première est que ce n’est pas 7 ans mais moins puisque comme le dit Fabrice Arfi de Médiapart (voir en fin de vidéo vers 67’) l’arrêt définitif se fait en 1996, 1997. Restent quand même 5 ans. Ensuite le déclenchement pourrait avoir été initié par un changement radical au Pakistan même. Le 12 janvier 2002 Musharaf, président du Pakistan, annonce qu’il arrête de financer certains groupuscules de l’Isi (Inter Service Intelligence, services secrets pakistanais) qui jouent des doubles, triples jeux et soutiennent les terroristes islamistes. Le lien devient direct. N’ayant plus de financement, ceux-ci décident de récupérer ce qu’ils appellent « les dossiers impayés » dont ces fameuses commissions bloquées. Si cette théorie est vraie cela donne beaucoup de poids à celle de la vengeance car il y a un phénomène déclenchant et cela explique le délai.

- la crédibilité de Thévenet qui est un des principaux théoriciens dans cette affaire. Beaucoup mettent en cause la crédibilité de cet homme notamment Nicolas Beau. Principalement deux arguments sont mis en avant. Le premier est qu’il serait proche de Bertrand de la DGSE, le fameux Bertrand manipulateur et ses cahiers. Le journaliste de Médiapart dit lui que ce n’est qu’une affirmation gratuite ce à quoi Nicolas Beau ne répond rien. Ce que je veux dire c’est que Nicolas Beau n’apporte aucune preuve, il ne fait qu’une affirmation. De plus, et même si Thévenet était un proche de Bertrand, cela veut-il dire que tous les collaborateurs de Bertrand faisaient du travail de manipulation ? Le rapport de Thévenet est remis en septembre 2002 à Gérard Philippe Menayas, alors directeur financier de la DCNI filiale commerciale de la DCN. Nicolas Beau avec d’autres, considère peu crédible cette piste en raison du peu de fiabilité de Thévent et ce parce qu’il est poursuivi pour corruption dans sa façon d’obtenir des informations dans l’affaire des frégates de Taiwan. Ainsi ce que critique Beau est la méthode de l’obtention des éléments voulant par là associer cette méthode aux preuves elles-mêmes. Et pourtant lui-même en tant que journaliste il obtient des informations par des personnes qui passent outre la morale et la légalité pour les obtenir. Il fait donc en tant que journaliste, et garanti par loi qui protège ses sources, quelque chose de similaire à celui qu’il accuse. Certes il ne corrompt pas, mais il fait du recèle d’information obtenue illégalement. Son attaque, c’est-à-dire sa décrédibilisation serait valable s’il apportait non la preuve que la méthode d’obtention des renseignements et ou des preuves étaient illégales mais bien si ces éléments et ces preuves étaient des faux, de la manipulation. Et son attaque tend au contraire à crédibiliser les preuves car celui qui est accusé de corruption essaye d’obtenir des éléments cachés mais véridiques. Il y a donc une campagne de dénigrement de cet homme pour dénigrer ses conclusions. Enfin des éléments de cette fameuse note ont été confirmés par la suite comme le versements des commissions, les destinataires, les montants etc. Quant à moi j’ignore si ce qu’il a écrit en 2002 était juste, Médiapart semble dire que oui ayant fait de leur côté des vérifications après dans un premier temps avoir considéré cette note comme peu crédible, Nicolas Beau non.

 Je termine donc avec Nicolas Beau qui m’a étonné dans trois passages de cette émission. Le premier est quand il demande à Magali Drouet ce que cela peut bien lui faire que ce soit une théorie ou bien une autre. Ce qui a fait bondir cette dernière. En effet, lui réplique-t-elle, c’est la vérité qui l’importe et le besoin de savoir. Or la question de Beau est ambiguë. Elle suppose que ce soit une version ou l’autre cela ne change rien et par extension quelle que soit la cause cela ne change en rien la mort de son père. Et par une autre extension que la vérité des responsabilités ne changera rien. En tout cas c’est comme cela je crois que l’a compris Magali Drouet. Le deuxième passage est lorsqu’il déclare qu’en fait l’arrêt du versement des commissions par Chirac serait plutôt une réorientation vers ses propres caisses des rétrocommissions. C’est un étrange raisonnement car si on arrête on ne peut réorienter. Dans cette histoire sa cible est plutôt Chirac. N’a-t-il pas dit que la responsabilité s’il y en avait serait celle de Chirac par son arrêt des versements des commissions ? Il faut noter qu’il est l’auteur d’un livre sur les comptes secrets de Chirac. Enfin le troisième passage que j’ai trouvé plutôt choquant c’est lorsqu’il prend la défense de Sarkzoy avec un argument qui en laisse tomber les bras. En gros Sarkozy a bien fait de répondre comme il l’a fait car il n’allait pas dire quelque chose comme : mais oui je suis au courant des commissions, et j’en ai même touchées. Cet argument est inique. Ce qui est reproché est le fond et la forme de sa réponse. La forme par un langage où il est difficile de suivre un fil cohérent et clair, le ricanement à sa plaisanterie, avec la presse complice, lorsqu’il dit que s’il y a à Bruxelles un braquage il est dans le coup. Et le fond : sa réponse pouvait être sobre : la justice doit suivre son cours. Point. Et surtout ce mot délirant de : « Karachi, c’est la douleur des familles, des trucs comme ça » en parlant des victimes. Des trucs ! C’est une insulte insoutenable. La défense de Beau ne tient pas la route une seconde. Faites vous votre jugement personnel, mais je voudrais ajouter qu’il est un ancien du Canard Enchaîné et que lors d’une interview à Arrêt sur images que j’ai vue intégralement il confirme que le journal a caviardé son article sur le cabinet d’avocats de Sarkozy, mais ce qui a retenu mon attention c’est ce passage assez étonnant pour quelqu’un qui devrait révéler toutes les turpitudes des élus et le prétexte que l’information était brutale pèse assez peu lourd et plaide plutôt pour sa diffusion plus que pour sa rétention quant à l’argument moral il est ici extra-terrestre. Cet extrait montre surtout l’extrême ambiguïté du rapport des journalistes avec les politiques y compris des journaux d’opposition comme le Canard enchaîné qui se muselle aussi parfois, et donc de journalistes. Il montre aussi la peur : Sarkozy est assez colérique et assez rancunier. On ne peut mieux dire ou mieux exprimer indirectement son auto-censure. Pour moi dans cette affaire l’attitude de Beau est ambiguë. Vous ferez de cet extrait ce que vous en voudrez : 

 Daniel Schneidermann : « Ce que vous êtes en train de dire que si le Canard enchaîné n’a pas publié votre enquête sur les revenus de Sarkozy avocat, ce n’est pas pour ménager Sarkozy futur président, c’est pour ménager Sarkozy source ? »

 Nicolas Beau : « Oui. Pour alimenter un journal comme le Canard, raconter des anecdotes, politiques du conseil des ministres, on doit avoir des sources à droite et à gauche.

 Daniel Schneidermann : « Sarkozy est une source importante ? »

 « Pas Sarkozy en personne, mais des gens autour de Sarkozy. Vous savez que Nicolas Sarkozy est assez colérique et assez rancunier. Si le Canard avait sorti une information qui était quand même brutale, ce n’était illégal d’avoir ces revenus, mais cela posait quand même un problème moral. »

 Vignette, photo tirée du site verite-attentat-karachi.org du site 

Source : http://www.agoravox.fr/

 

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