La droite claque la porte de l'association des départements
Par Hugo Soutra, publié le 03/02/2010 à 17:25 - mis à jour le 03/02/2010
Accusant l'Association des départements de France de faire "de la politique politicienne avec l'argent du contribuable", 28 présidents de conseil généraux UMP et Nouveau Centre ont quitté l'association. Le président socialiste de l'ADF minimise.
Dans une tribune signée dans le quotidien Le Figaro, 28 présidents de conseils généraux UMP et Nouveau Centre déclarent la guerre à l'Association des Départements de France (ADF).
Pour ce faire, ils ont décidé d'assécher les finances de l'association de défense des intérêts des départements.
En suspendant le versement de leurs cotisations, soit 25,46% du financement de l'ADF, "nous avons conscience d'impacter sévèrement les caisses de l'association! Mais il est déplorable qu'on en arrive à ce point-là, car une association de ce genre est utile", explique à LEXPRESS.fr Eric Ciotti, co-signataire de la tribune.
M.D/LEXPRESS.fr
Des centaines de conseillers généraux se sont rendus au Palais des congrès, en novembre, pour débattre des réformes de la taxe professionnelle et de l'organisation territoriale.
Pourquoi une telle discorde dans l'une des trois plus grandes associations d'élus locaux, structure qui est censée être un lieu d'échange et de dialogue entre les 102 présidents de conseil général?
"L'ADF exprime l'opinion de la majorité des départements"
"Lorsqu'on s'exprime au nom de l'ADF, ça ne peut être que pour servir l'intérêt général [...] Mais que ce soit sur la réforme des collectivités territoriales ou le remplacement de la taxe professionnelle, l'ADF s'oppose de manière obsessionnelle au principe même de la réforme! Pire, elle organise une contestation purement partisane", écrivent-ils dans la tribune, qui compte parmi ses signataires Bruno Sido, le secrétaire général de ADF.
Le président de l'Association, Claudy Lebreton, se défend de tout partisanisme: "Je m'exprime au nom de l'association de façon modérée et très républicaine: je suis socialiste mais lorsque je suis à l'ADF, je recherche la voix la plus consensuelle possible. Sur le dossier de la réforme des collectivités, je me fais porte-parole des départements, y compris de droite et j'exprime l'opinion générale de la majorité."
Le président du conseil général des Côtes d'Armor fait d'ailleurs remarquer que 16 présidents de conseil généraux de droite n'ont pas signé cette tribune.
"L'ADF utilise l'argent des contribuables pour faire de la désinformation"
Pour les frondeurs, l'ADF n'assurerait plus le rôle de "courroie de transmission, qui a fait son succès, sa légitimité et sa crédibilité". Le début de la rupture remonterait même "de 2004, année de la nomination de Lebreton" selon Eric Ciotti, qui avait suspendu sa cotisation à l'ADF dès 2009 et qui a enjoint ses collègues à l'imiter.
"Pourquoi financer une association qui n'est plus d'intérêt général mais qui agit à des fins politiques, sur des fonds publics! Lebreton n'est plus attentif à l'actualité des départements mais est uniquement guidé par les instances de Solférino."
A l'issue de la victoire de la gauche aux cantonales en 2008, Claudy Lebreton avait annoncé son désir de s'investir davantage dans la vie politique. "Nous voulons être acteurs mais si nous ne sommes pas entendus, nous durcirons le ton et nous saurons nous faire entendre", avait-il insisté au Courrier des Maires.
Poids des régionales?
"Ce départ n'est qu'une demi-surprise, j'aurais simplement préféré que l'on se parle d'homme à homme. D'habitude, on se dit les choses de vive voix", affirme-t-il à LEXPRESS.fr, déplorant que "l'UMP tente d'endiguer une campagne d'information réalisée par une association pluraliste. Je me demande si ce n'est pas liée à la proximité des élections régionales?", s'interroge Claudy Lebreton.
En novembre 2009, la droite avait déserté une réunion extraordinaire de l'ADF.
Pour Claude Bartolone, président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, "les élus de droite sont happés par leur camp politique. Ils sont mandatés pour tenir le discours officiel."
Mais dernièrement, le boycott de l'ADF de la conférence sur les déficits publics, organisée par le gouvernement cette fois-ci, n'a pas été digérée par les présidents UMP et Nouveau Centre.
"L'ADF est une association neutre: l'attitude de la chaise vide, sous prétexte de convictions politiques différentes, est inacceptable", clame Eric Ciotti.