La lutte des sans-papiers mobilise le septième art

Publié le par Désirs d'Avenir Castelnau-de-Médoc

Environ 6 000 travailleurs sans papiers sont toujours en grève pour obtenir leur régularisation. Commencé le 12 octobre 2009, leur mouvement vient de recevoir le soutien d’un collectif de cinéastes.

Environ 6 000  travailleurs sans papiers sont toujours en grève.

Photo : Rondeau-Lanvin/A.B et T.M

Environ 6 000  travailleurs sans papiers sont toujours en grève.

Quatre mois, une semaine, quatre jours. Que les cinéphiles ne voient pas dans ce début d’article un plagiat du film roumain 4 mois, 3 semaines, 2 jours, palme d’or à Cannes en 2007. La réalité est bien moins pailletée : ce temps énuméré est le décompte des jours de grève qu’enchaînent environ 6 000 travailleurs sans papiers, en France, depuis le 12 octobre 2009.

C’est pour que l’on cesse de les oublier, de passer à côté de leurs 25 piquets de grève sans s’y arrêter et de s’habituer à leur détresse que le milieu du cinéma français se mobilise pour eux. Depuis ce lundi soir, un court métrage qui leur est dédié est en ligne sur le site www.collectifdescineastespourlessanspapiers.com.


Ces travailleurs, soutenus par plusieurs organisations syndicales et associations, réclament leur régularisation immédiate. Ils travaillent dans la restauration, l’hôtellerie, la confection, le BTP, les services à la personne, etc. Ils ont des fiches de salaire, ils paient des impôts, ils cotisent. Et ils réclament des critères clairs de régularisation par le travail. Eric Besson, le ministre de l’Immigration – qui n’a pas souhaité répondre à nos questions –, a tenté le 24 novembre dernier de désamorcer la crise en présentant une nouvelle circulaire.

Elle prévoit la régularisation au cas par cas de travailleurs présents en France depuis au moins cinq ans et dans l’entreprise depuis au moins un an, qui exercent un des trente métiers dits “en tension” et qui sont bien intégrés dans la société. Le document, censé permettre la régularisation de 1 000 personnes, a été jugé trop restrictif par les grévistes, qui l’ont rejeté. “Un grand nombre de patrons ne sont pas d’accord avec ce texte, car ils sont favorables à la régularisation de leurs employés”, estime Raymond Chauveau, délégué CGT de l’Essonne, très investi au côté des sans-papiers.


Contactée, la direction de Veolia réclame en effet “la régularisation officielle des travailleurs qui [lui] ont présenté de faux papiers et qui travaillent pour [elle] depuis longtemps”. La Fédération française du bâtiment estime de son côté que c’est à “la police” de prendre ses responsabilités “puisque quand un employeur embauche une personne d’origine étrangère, il doit envoyer le dossier à la préfecture pour validation”.

350 artistes se mobilisent

On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici !, c’est l’œuvre d’un collectif d’acteurs, réalisateurs et techniciens du cinéma, déjà cosignataires il y a trois ans de Laissez-les grandir ici !, un court métrage donnant la parole aux enfants de sans-papiers. D’Isabelle Adjani à Erick Zonca, de Mathieu Amalric à Karin Viard en passant par Isabelle Carré, François Cluzet, Vincent Lindon et Benoît Magimel, ils sont plus de 300 noms du septième art à apporter aujourd'hui leur soutien à cette nouvelle initiative, diffusée sur Internet depuis ce lundi soir et dans 500 salles à partir du 10 mars.

“Si on parvient à ramener un tout petit peu ce conflit à la surface des médias, et à faire en sorte que ces grévistes ne se sentent pas abandonnés, on aura fait notre boulot”, explique à Metro le réalisateur d’Entre les murs, Laurent Cantet. “La plupart des gens qui ont été filmés sont en France depuis dix ou quinze ans. Ils nous montrent leurs fiches de paie, leur déclaration d’impôts. Si ce film peut exister, c’est parce qu’ils ont décidé de sortir du bois pour révéler une hypocrisie monstrueuse de l’économie française.”


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Publié dans Economie

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